Douce Sérénade

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Valaya fut tirée de son sommeil par le craquement du plancher au-dessus d'elle.

Elle ouvrit les yeux dans la pénombre de son bureau — son bureau désormais — encore encombré de registres, de bouteilles et de notes laissées par les anciens propriétaires de l'auberge. Elle s'était endormie là, une plume encore entre les doigts, après avoir tenté de remettre un semblant d'ordre dans les comptes de l'établissement.

Son auberge.

L'idée la frappa encore une fois avec une étrange violence : quelques jours plus tôt, elle dansait pour survivre. Désormais, elle dirigeait.

Elle se redressa, passa une main sur son visage fatigué, puis monta l'échelle qui menait au rez-de-chaussée, derrière le comptoir.

En débouchant dans la grande salle, elle aperçut les Seakru qui entraient et prenaient place à une table.

Un léger sourire étira ses lèvres.

Elle contourna le comptoir — le sien — avec assurance, puis s'inclina devant leurs Majestés, avant d'adresser un signe de tête à Shoto.

— Que me vaut l'honneur de votre visite ? dit-elle, enjouée, avec cette assurance nouvelle qu'elle n'aurait jamais eue auparavant.

Nigol répondit calmement :

— Nous allions envoyer des marins porter votre malle... et puis réflexion faite, nous avons décidé de les accompagner. D'ailleurs les voilà.

Au même moment, deux marins entrèrent en portant la malle et la déposèrent près de la porte en soufflant.

— Merci, dit-elle en les regardant repartir. Que puis-je vous servir ?

— Une tisane pour moi, répondit Nigol.

— Un whisky au miel s'il vous plaît, ajouta Wanhera.

— Un thé glacé, conclua Shoto.

— Bien, je reviens de suite.

Valaya passa derrière le comptoir avec aisance.

Ses gestes étaient encore récents, mais déjà précis. Elle savait où se trouvaient les herbes, les bouteilles, la glace. Elle savait comment disposer un plateau sans trembler.

Elle n'était plus une employée.

Elle faisait tourner l'endroit.

Elle servit les consommations, puis revint vers eux.

— Si vous voulez plus de tranquillité, vous pouvez monter à l'étage.

Ils acceptèrent, et elle les guida.

Nigol posa un regard sur la harpe installée près de la scène.

Puis il regarda Wanhera.

Un accord silencieux passa entre eux.

Wanhera s'assit près de la harpe et commença à l'accorder.

Nigol, lui, se racla la gorge.

Puis il chanta.

"- Banni de mes terres

La mer est mon foyer

Dix ans a voyager

Échouant non loin de la baie des boucaniers

Basculant, chavirant emporté au gré du vent

Fatigué, éreinté buvant la jovialité.

Perturbé et troublé par ce lointain passé

Les royaumes déchus d'Aelys : Valaya, brisée mais deboutOù les histoires vivent. Découvrez maintenant