Prologue

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Environ 2 heures du matin.

Des éclairs déchiraient le ciel sombre alors que la pluie se mettait à tomber. Une berline noire aux vitres teintées s'engagea dans l'allée bordée de chênes et s'arrêta au numéro 99 de la banlieue nord de Chicago. Les gouttelettes tombant du ciel se muèrent en de larges colonnes d'eau s'abattant de manière irrégulière sur le sol déjà détrempé des précédents jours de pluie. Le tumulte couvrit le crissement des pneus lorsque la voiture s'arrêta devant une bâtisse aux allures de vieux manoir.

Deux hommes vêtus de noir et armés de parapluies de même couleur en descendirent. L'un d'eux contourna la voiture pour aller ouvrir la portière passager arrière. Une troisième silhouette beaucoup plus petite et plus menue s'extirpa en trébuchant de l'habitacle. Une longue cape la couvrait de la tête aux pieds. L'étrange binôme rejoignit le premier homme qui les attendait sur le pas de la porte. Malgré leur parapluie, la dizaine de mètres qui les séparaient du porche suffit à tous les tremper jusqu'aux os. Néanmoins, les deux gaillards ne semblaient pas gênés par l'eau ruisselant sur leurs crânes chauves, quant à la troisième personne, elle semblait complètement déconnectée de tout ce qui l'entourait. Une fois sous le porche, le premier homme appuya sur le bouton de la sonnette.

Il était rare que des personnes se présentent au manoir - et à une heure si tardive qui plus est, pourtant quelqu'un les attendait bien de l'autre côté de la porte. Après quelques cliquetis de serrure, le lourd battant en chêne s'ouvrit, révélant le propriétaire des lieux. L'homme, un peu bedonnant, portait une robe de chambre négligemment attachée par-dessus un pyjama aux couleurs chatoyantes. À ses pieds, deux gros nounours lorgnaient de leurs billes qui leur servaient d'yeux les incongrus osant ainsi pénétrer sur leur domaine. Dans l'ensemble, le personnage contrastait avec l'ambiance austère du lieu, d'autant plus qu'il faisait nuit et qu'il pleuvait à verse.

- Je vous attendais plus tôt... Enfin, hier soir, grommela le bonhomme.

- De toute façon, vous n'aviez rien d'autre à faire, M. Wilkerson.

Ce dernier lâcha un bâillement non feint en se demandant s'il pouvait leur rétorquer que dormir lui paraissait être une tâche bien plus importante à ses yeux. Il ne faisait aucun effort pour cacher sa fatigue et son énervement.

La pluie ne cessait pas et les bourrasques poussaient les gouttes à l'intérieur de la bâtisse. Wilkerson recula de quelques pas pour les éviter.

— Pouvons-nous nous dépêcher ? J'aimerais pouvoir aller me coucher... Où est la gamine ? demanda-t-il en laissant son regard vagabonder derrière les épaules des deux hommes.

Il ne reçut aucune réponse si ce n'est que les visiteurs s'écartèrent pour révéler la présence de la gamine en question. M. Wilkerson s'agenouilla pour se mettre à sa hauteur et tenter d'apercevoir son visage sous la capuche rabattue. Malgré la pénombre, il distingua des petites mèches blondes encadrant un visage aux traits fins et harmonieux. Elle devait avoir dans les 8 ou 9 ans, mais pas plus. Les pupilles de la fillette étaient si dilatées que ses yeux paraissaient presque noirs. Mr Wilkerson tenta un sourire, mais il n'y eut aucune réaction: elle ne semblait pas le voir.

— Voici son dossier et ce que vous aviez demandé.

L'un des hommes lui tendit deux enveloppes en papier kraft. Aucune inscription ne figurait ni sur l'une ni sur l'autre.

— Vous ne devriez plus avoir besoin de nous pour la suite.

Sur ce, les deux hommes tournèrent les talons et rejoignirent leur voiture en bravant à nouveau les trombes d'eau tombant du ciel.

Un éclair zébra dans la nuit et éblouit Mr Wilkerson. Lorsqu'il rouvrit les yeux, la berline avait disparu.

OtherWorld - 1. Et cognoscetis veritatemOù les histoires vivent. Découvrez maintenant