ͼɧɑρɨʈɽε ¹

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— Et cinq, six, marchez !

Mes camarades et moi nous élançâmes au signal de notre professeure. Marqués par le rythme endiablé d'une chanson de The Pussycat Dolls, nos pas féroces s'enchaînèrent et nous portèrent jusqu'à nos barres verticales.

M'engageant dans une démonstration improvisée de sensualité, j'effleurai mes flancs du bout des doigts tout en ondulant des hanches. Inaaya – la brune pétillante dans mon champ de vision – m'adressa un sourire enjoué auquel je répondis, toutes dents dehors.

— Grimpez !

À l'affût, la classe bondit dès que Marie tapa dans ses paumes. J'adorais danser et ses cours étaient devenus mon exutoire après une bonne semaine de travail. Se tortiller sur une barre s'avérait cependant plus physique qu'il n'y paraissait. Quoiqu'en un an, j'avais beaucoup gagné en aisance et en dextérité. J'abandonnai donc sans appréhension la prise de mes mains pour ne garder que mes cuisses serrées autour du métal en rotation.

Bras écartés, la tête en bas et les cheveux au vent, je fermai les yeux pour me laisser envahir par l'exaltation. L'impression de voler m'enivra, diffusant un sentiment de liberté dans mes veines. Telle une drogue. Les basses résonnaient dans chaque parcelle de mon corps et même les « boum boum » erratiques de mon cœur semblaient synchronisés.

Malgré mon euphorie, je finis par me décider à exécuter nos trois figures imposées avant la fin de la chorégraphie. Et là, bim ! Jour de poisse, mes chevilles glissèrent lors de ma dernière cabriole. La barre m'échappa. Je chutai sur le tapis comme une noix de coco décrochée de son arbre.

— Arg...

Seul ce grognement de douleur me différencia du fruit.

Marie coupa la musique. Des petits reniflements de cochon intermittents se firent entendre ; ma Inaaya se marrait à gorge déployée.

— Alors, Aël, on a la tête dans les nuages ? railla notre prof. Rien de cassé, j'espère ?

— Tout a l'air en état ! m'amusai-je en tâtant mon postérieur après m'être relevé.e.

Les autres rigolèrent et se dispersèrent pour aller boire tandis que je tournai le dos au miroir mural tout en m'y admirant. Marie m'offrit un sourire et une main complice sur l'épaule. Puis elle traça sa route jusqu'à sa bouteille d'eau, posée pile devant mon reflet. Je fis la moue. Inaaya arriva à son tour et enchaîna :

— Les avions de chasse comme nous éblouissent même le soleil, chouchou ! On n'est pas censées s'écraser au sol.

— Tu dis ça parce que, par miracle, tu ne t'es pas encore payé ta gamelle du soir.

— Hé ! Je ne tombe pas à tous les cours, bougonna-t-elle en me frappant la cuisse. Par contre, toi t'aimes trop te mater dès que tu croises une surface réfléchissante.

— À juste titre, ma chérie.

Trop longtemps, j'ai considéré mon corps comme une prison dans laquelle on m'avait enfermé.e de force. Comme une punition.

J'ai toutefois réussi à apprendre à l'aimer et l'expose dorénavant avec la plus grande des fiertés.

— D'accord, t'es bien gaulé.e, enchaîne Inaaya. Mais tu sais ce qui est arrivé à Narcisse ?

— Il vécu heureux et eut beaucoup d'enfants ? narguai-je avec un sourire coquin alors qu'elle me tendait sa bouteille.

— Mais bien sûr !

Elle repartit dans un tour de rire de cochon, j'esquissai un sourire et basculai le goulot entre mes lèvres. Je trouvais ce petit rire si adorable que je pouvais inonder Inaaya de blagues idiotes juste pour l'entendre se bidonner.

Illégitime Néphilim 1 : AëlOù les histoires vivent. Découvrez maintenant