Aucun songe, agréable ou non, n'était venue agiter ma nuit. Je me sentais lourde et tout ankylosée, mais me forçais à passer mes jambes par-dessus la rambarde de mon lit. L'aube pointait par la fenêtre ouverte et teintait de rose les visages des filles encore endormies autour de moi. Il allait faire beau aujourd'hui, c'était une journée idéale pour quitter l'orphelinat et éloigner l'emmerdeuse ambulante que j'étais de mes amis.
Je me frottais les yeux et étirais mes ailes avant de sauter avec douceur sur le plancher. Mon horloge interne avait bien fait son travail: je m'étais réveillée une demi-heure plus tôt que d'habitude comme je l'avais prévu.
En prenant soin de ne pas réveiller Diane, l'elfe qui dormait dans le lit en dessous du mien, je sortis mon sac de notre petit placard. J'y avais glissé quelque chose utiles en prévision de ma fuite à l'issu du Tri. Outre les quelques outils considérés comme utiles par la moyenne des gens; comme une corde, une dague d'entraînement pas très aiguisée, mais pouvant toujours servir et quelques livres sur l'OtherWorld comprenant des cartes et des informations sur la faune et la flore, j'avais aussi emballé quelques affaires aux valeurs plus sentimentales. Pas que je possédais grand-chose. Comme tous les étudiants, nous n'avions rien venant de l'extérieur du dôme, mais de petites choses que nous avions trouvé ou confectionné avec Elora. Mon regard tomba sur Gloubi. Après un moment d'hésitation, je fourrais l'alicorne à paillettes dans ma sacoche et passait cette dernière à mon épaule.
Je fis mon lit au carré et vidais le reste de mes affaires afin de faire place nette, comme si je n'avais jamais existé. Il y avait quelques vêtements et du matériel scolaire. Les affaires dans les bras, je marchais sur la pointe des pieds entre les rangées de lits en hauteur jusqu'au coin des plus jeunes élèves. Je m'arrêtais finalement devant une couchette dans laquelle dormait une jeune toli rousse. La petite Laszlo allait hériter de mes affaires. Comme elle ne me connaissait pas vraiment, elle ne se douterait pas que c'était moi qui les lui aurais laissés. Je glissais le paquet dans sa table de nuit avant de regagner l'espace que je partageais avec Diane.
J'avais mis de côté le sweat que je portais la veille, confortable et bien pratique. Quant aux deux autres pièces vestimentaires... Je rechignais à me séparer de ma robe bleue, mais comme ce n'était pas du tout une tenue pratique en tant que telle, j'avais opté pour la combiner avec une paire de shorts en jeans. Tant pis pour la dégaine, mais je me sentais mieux ainsi. Pour les chaussures, je n'en avais qu'une seule possibilité: une vieille paire de baskets élimées. Il allait sans doute falloir que je trouve rapidement autre chose.
Après avoir enfilé mes habits – en prenant soin de garder ma veste à la main – , je rejoignais la porte du dortoir. Je l'embrassais une dernière fois du regard avant de tourner les talons et de me glisser dans le couloir. Je voulais à tout prix sauver mes amis de cet endroit de malheur, mais qu'en était-il de toutes les autres filles, de tous les autres garçons? Ils grandissaient vers un destin funeste auquel ils ne se seraient jamais attendus. Si je parvenais à m'en sortir dehors, je me promis de réfléchir à un moyen de les protéger eux aussi. Mais avant tout, c'était Kris et Elora que je souhaitais mettre à l'abri.
Mes pas résonnèrent dans la cage d'escalier tandis que je m'élevais vers le toit. Chaque marche gravie enfonçait un peu plus les griffes de la culpabilité et du regret dans mon cœur.
Pourquoi fallait-il que ça tombe sur moi? Que ce soit moi qui sois si spéciale et qui attise les convoitises? Je n'avais rien demandé. Juste qu'on me laisse mener ma petite vie tranquille. Au lieu de ça, je devais abandonner tous mes repères pour protéger ma famille.
Oui, c'était ça que les héros de mes romans faisaient: ils protégeaient ceux qu'ils considéraient comme leur famille. Sauf que là, c'était la vraie vie et que je n'avais rien de l'étoffe d'une héroïne.
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OtherWorld - 1. Et cognoscetis veritatem
FantasyL'OtherWorld est en guerre depuis plusieurs dizaines d'années. Les enfants ayant perdu leurs parents sont envoyés dans un orphelinat où ils peuvent étudier jusqu'à leurs 16 ans. Sayana n'a aucun souvenir d'avant son arrivée à l'établissement alors...