-Il en met du temps à sortir..., grommela Jacques en tapotant du pied.
-Quoi, t'es pressé de partir ? lui lança Maya sur un ton glacial tandis qu'elle fixait les portes de l'école privé.
-Je te rappelle que j'avais le dossier Spellman à terminer mais que je suis quand même venu..., avait commencé Jacques avant de voir l'expression blasée de sa femme.
Maya leva les yeux au ciel tout en serrant son poing pendant quelques secondes. Elle se souvenait de l'époque où Jacques était le plus attentionné des papa, quand il n'avait d'yeux que pour Clark. Ce grand brun baraqué avec ses lunettes de premier de la classe n'était que douceur face à son bambin et chaque secondes de sa vie semblait être rythmés par les rires et les pleurs de son fils adoré. Tout cela était si loin maintenant. Il n'y avait plus qu'une chose qui comptait pour lui désormais, c'était de boucler ses dossiers d'assurances aussi vite que possible pour pouvoir enchaîner sur de nouveaux clients, toujours plus gros, avec toujours plus de commissions et encore moins de temps pour sa femme et son fils.
D'un côté, elle n'arrivait pas complètement à lui en vouloir d'être aussi détaché de sa vie de famille. Il avait tout sacrifié pour elle, sa vie, sa carrière chez Natixis, son petit confort durement créer au cours de ses années de galère à Caen, pour pouvoir monter sur Paris avec elle et l'épauler durant sa propre carrière de rugbywoman. Ils avaient fait le tour de l'Europe ensemble et il avait tout fait à ses côtés. Il avait été son agent, son coach personnel et le meilleur soutien dont elle aurait pu rêver. Il l'avait épaulé pendant 10 longues années, de ses débuts balbutiants à l'Ovalie Caennaise à sa sélection triomphante en équipe nationale. Et quand son corps l'avait forcée à arrêter de jouer, c'était lui qui l'avait remotivé à retourner sur le terrain en tant qu'entraîneuse.
Quand Clark était né, 5 ans auparavant, elle se souvenait que Jacques était aux anges, il était au petit soin de sa "petite flamme", comme il aimait appeler leur fils qui avait hérité des cheveux roux de sa mère. Elle aussi avait été très heureuse, et c'est le cœur léger que, quelques mois après la naissance de leur enfant, elle avait dit à son mari qu'elle pouvait s'occuper de Clark s'il voulait reprendre un travail dans la même branche que celle qu'il avait quitté bien des années plus tôt. Les choses avaient plutôt bien reprise, Jacques avait facilement retrouvé du travail dans le domaine de l'assurance et elle avait simplement réduit son nombre d'heures au travail en s'arrangeant avec son club.
Puis petit à petit, la situation avait commencé à se dégrader. Jacques passait de plus en plus de temps au travail, disparaissant du matin jusqu'au soir en répondant à peine à son téléphone. Clark, qui grandissait pratiquement sans son père, commençait lentement mais sûrement à poser des questions sur l'absence de son papa. Quelques mois auparavant, elle avait bien sûr commencé à soupçonner que son mari la trompait mais, en enquêtant un petit peu, elle avait découvert avec horreur que la seule chose avec laquelle Jacques pouvait bien la tromper, c'était son job.
C'était presque miraculeux qu'elle ait réussi à faire venir Jacques alors qu'il avait un de ses plus gros dossiers en date à terminer. Elle avait dû insister sur le fait que le sixième anniversaire de leur enfant approchait à grand pas et que pourtant, Clark pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois ou il avait pu voir son père en l'espace d'un an. Vers 17h30, par miracle, Jacques lui avait envoyé un message pour lui dire qu'il serait là pour 18h, à la fin de l'étude. Et c'est comme ça qu'ils se retrouvaient là, à attendre patiemment devant l'école primaire privé de leur fils, si proche physiquement et pourtant si loin sentimentalement.
Cinq minutes venaient de s'écouler et l'armée de bambins qui attendaient leur parents s'étaient déjà fortement éclaircie. Jacques et Maya pouvaient voir le visage assombrie des enfants qui s'illuminaient d'un coup une fois qu'ils voyaient arriver leurs parents retardataires, certains encore haletant d'avoir couru jusqu'à l'école. Mais plus les minutes s'écoulaient et plus l'absence de leur fils leur semblait étrange. Où était Clark ?
-Bon attends, ça fait déjà 10 minutes qu'on attends là, qu'est-ce qui se passe ? rouspéta Jacques en fronçant les sourcils.
-Je sais pas, peut-être qu'ils sont en train de descendre et qu'ils vont bientôt arriver, lui répondit Maya en restant aussi calme que possible.
Jacques soupira et se mit à tourner la tête à droite et à gauche. Il y avait un agent de sécurité assis près des barrières de l'école, Vigipirate oblige, qui regardait passer les enfants devant lui d'un air distrait. Le grand brun se mit à lui faire des grands signes de mains dans l'espoir d'attirer son attention et après quelques secondes de gesticulation, il finit enfin par la capter.
-Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Maya sur un ton gêné. Le dérange pas !
-Comment ça, "le dérange pas" ? Je vais juste lui demander si... avait commencé à dire Jacques avant de voir que l'agent de sécurité était en train de se rapprocher, bonjour monsieur ! Excusez-moi, est-ce que vous auriez vu passez un petit garçon roux ?
L'agent plissa des yeux en levant un sourcil et jeta un coup d'œil interrogatif vers Maya, qu'il se souvenait avoir déjà vu plusieurs fois auparavant.
-Vous le connaissez, lui ? lui demanda t-il.
-Oui, c'est...
-Je suis le père de Clark , lança Jacques d'une voix forte et dominante.
Maya se plaqua une main sur le visage, morte de honte. Depuis qu'il avait repris le travail et surtout, depuis qu'il avait recommencé à graver les échelons de sa hiérarchie, Jacques avait perdu son don pour la patience et il avait une fâcheuse tendance à vouloir tout, tout de suite. Et cela se manifestait souvent à travers un ton bien trop impérieux pour les situations où ils se retrouvaient.
Mais d'un coup, l'agent de sécurité ouvrit de grands yeux un peu paniqués. Jacques et Maya se jetèrent un regard interrogatif avant de l'entendre balbutier :
-C'est...c'est vous le père de Clark ? Mais...
Les yeux de Maya s'écarquillèrent d'un seul coup tandis que son esprit essayait de lui faire comprendre la réaction de l'agent. Sa respiration s'accéléra d'un seul coup et son cœur se mit à battre à la chamade. Elle n'arrivait pas à le croire. Le monde entier avait commencé à s'assombrir autour d'elle et une nausée lui prit violemment l'estomac. C'est à peine si elle put entendre son mari hurler sur l'agent :
-Comment ça "mais"? Vous vous foutez de ma gueule ? IL EST OÙ MON FILS ?
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Pour le revoir
Mystery / ThrillerQuel est la pire émotion qu'une personne puisse ressentir ? La peur ? La colère ? La haine ? Non. C'est l'espoir. Celui qu'un jour, on puisse vous rendre ce qui vous est de plus cher. Pour ça, vous seriez prêt à faire n'importe quoi. Ne serait-ce...