Nocturne...

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Elle se traîne en râlant jusqu'à l'évier, tousse, suffoque, ouvre le robinet. L'eau tinte sur l'émail, elle coule imperturbable, fait chanter le blanc de l'évier que fait luire la lune. Elle passe sa main sous l'eau, la porte à ses yeux bouffis de fatigue et de chagrin, sa peau est tirée,pâle, le miroir lui renvoie l'image d'un fantôme. Un diable s'agite dans sa boîte crânienne, frappe sur les parois, danse la sarabande, la douleur est intolérable. Le cachet d'aspirine fond dans le verre d'eau, il se dissout, se mêle au liquide. Elle se traîne vers la cuvette encore immaculée, plus pour longtemps, elle y vomit de tout son saoul, se vide entièrement. Sa gorge lui brûle, de l'eau oui encore de l'eau, l'évier oui voilà l'évier, le robinet encore ouvert, l'eau qui chante dans le gobelet. Elle ouvre la fenêtre, l'air frais des ombres pénètre dans la pièce, accompagné de tous les intolérables bruits du dehors, voitures filant, motos grondant, passants criant, paumés se saoulant, échos de musique commerciale échappée d'une boîte de nuit, pas rapides, chutes de corps ivres, cliquetis de canettes de bière voletant dans les caniveaux, frémissement d'un réverbère court-circuité. La lumière artificielle des néons jaunes, réverbères opales, enseignes lumineuses colorées, lui perce les rétines. Le diable s'agite un peu plus dans son crâne, elle referme la fenêtre, tire le store à lamelles blanches, de l'eau, il lui faut de l'eau, elle boit encore, s'écroule par terre, de fatigue et de douleur, elle va dormir, oui, dormir, ça ira mieux demain.

Gribouillages et Torrents Où les histoires vivent. Découvrez maintenant