Les rues étaient noires de monde. L'air était froid, mais les cœurs semblaient bouillonner. La planète connaissait des jours nouveaux. Les humains étaient désormais liés. Depuis quelques jours, l'air que nous respirions n'était plus le même. En réalité, nous avions tous vécu la même expérience, en même temps. Croyant devenir fou, la nouvelle a apporté la joie partout. Et les hommes ne s'étaient jamais mieux compris qu'aujourd'hui. Les sentiments hostiles qui nous habitaient tous s'étaient évanouis, pour laisser place à une compréhension mutuelle de grande envergure.Je me suis rendue au bord de la seine en fin d'après-midi. Je voulais voir autre chose que les quatre murs de l'appartement. Et, en sortant dans la rue, je voyais pour la première fois depuis longtemps, une sorte de bonheur palpable dans l'air. Un soulagement collectif mêlé à de l'excitation. Les gens étaient heureux. J'ai souris. J'apercevais déjà de loin la personne que j'étais venue voir. Il occupait toujours ce banc. Un vieil homme, les épaules courbées, et le visage dur. Son chapeau gris ne le quittait jamais. Lui aussi était venu reposer son esprit devant la seine.
Je me suis assise à ses côtés, sans dire un mot. L'eau m'apaisait. Les jours de grand froid, les parisiens préféraient les cafés et restaurants aux quais. C'était la raison pour laquelle je venais à ce moment. Parce qu'on pouvait réfléchir, et laisser ses idées se perdre à l'infini. La couleur du ciel et du fleuve miroitait parfaitement. Une harmonie qui m'inspirait. Le vent a soulevé mes cheveux et ils se sont envolés au-dessus de mes épaules.
‒ Nora.
J'ai regardé le vieil homme en guise de réponse. Il connaissait mon prénom, je ne lui avais jamais demandé le sien. Nous venions sur ce même banc depuis des années. Et nous parlions. Mais je ne lui avais jamais demandé. Et il ne me l'avait jamais dit.
‒ Oui ?
‒ Crois-tu au destin ?
Sa question m'a ébranlé. Le destin ? Ce mot a éveillé en moi un sentiment que je n'arrivaispas à nommer. Mais la réponse s'est imposée d'elle-même.
‒ Oui, je ne sais pas bien pourquoi.
‒ Je pense, a-t-il commencé, que chaque chose en ce monde est infiniment lié à une autre. Tout est parfaitement réglé, comme le mécanisme d'une montre à gousset, et qu'un seul changement suffit à ébranler sa structure. Inconsciemment, nous sommes sûrement attirés par notre destin, et accomplissons ce qui doit être accompli. Je n'arrive pas à saisir ce qu'il en est exactement.
J'aimais entendre ces réflexions, qui ne nécessitaient aucune réponse. Il laissait vagabonder son esprit à haute voix. Pendant que je laissais le mien divaguer en silence.
‒ Ne sens-tu pas que les choses changent ?
‒ Peut-être.
Il m'a souri. Ses traits étaient durs, mais laissaient transparaître une âme bonne et juste. Ses cheveux étaient très blancs, ses yeux très sombres. Sa peau était ridée, marquée par des millions de scènes passé dont je n'avais pas idée.
‒ Quel sens avez-vous acquis ?
Cette question. C'était toujours la même. Nous ne cessions de la poser depuis des jours.
‒ Aucun, a-t-il dis.
‒ Vraiment ?
‒ Si, l'ouïe. Mais ce n'est pas vraiment un sens acquis. C'est une capacité que j'ai perdue, et que j'ai retrouvé. Je ne suis plus tout jeune, tu sais.
Je suis restée silencieuse. J'ai vite compris qu'il ne pourrait jamais exploiter les réelles capacités de ce sens.
‒ Je sais que, désormais, les gens entendent très loin, ou à des fréquences qui n'était auparavant audible que pour certaine espèce animale. Mais j'en suis heureux. Je ne pouvais qu'à peine entendre ce que tu me disais il y a quelques semaines. Alors, tu sais...
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REDLINE
Science Fiction[Publication de chapitre tous les mardis et vendredis. ] Vous êtes-vous déjà posé des centaines de questions existentielles au point de souffrir d'insomnies ? Probablement. Chaque humain sur cette terre a déjà vu son esprit traversé par ces interro...