Marie

10 2 0
                                    




Mon corps était enveloppé d'un lourd brouillard, une épaisse brume qui perturbait mes sens. Mais je m'y sentais en sécurité. Rien ne pouvait m'arriver ici. Je ne ressentais rien. Je ne voyais que l'obscurité. Mon esprit me semblait léger. Pourtant, quelque chose grésillait. Quelque part. Je me sentais observée.

Je ressentais les mouvements, les paroles, les sentiments, mais il ne parvenait pas jusqu'à moi. On effleurait ma peau, de temps à autre, mais je ne voyais rien. Et cette douce sécurité, cette insouciance de la pénombre, a finalement disparu. Les sons se sont faits plus net. Peu à peu, mes oreilles ont pu les capter, entendre leur fréquence. Et ce fut la douleur qui a dissipé le brouillard.

Les bruits de la chambre m'ont envahi, ont inondé tous mes sens. J'ai pu sentir le matelas dur sous mon dos, les sons répétitifs des moniteurs, la douleur de mes bras et de mes jambes. J'ai entendu sa voix, et une autre aussi que je ne connaissais pas. J'ai voulu ouvrir les yeux, mais je ne pouvais pas encore. J'essayais de préserver les dernières lueurs d'inconscience qu'il me restait.

‒ Tout va bien, ces constantes sont bonnes.

‒ Vous êtes sûre ?

‒ Oui, elle va bien. Ça ne dépend que d'elle, maintenant. Elle se réveillera, laissez-lui le temps.

‒ Et sa tête ?

‒ Une blessure légère qui se rétablira d'elle-même. Il faut la garder en observation cette nuit.

Je reconnaissais l'une des deux voix. Son intonation, l'articulation de ses mots, de ses phrases, tout cela m'était familier. Les sons percutaient mes tempes. La pire douleur était en fait celle de ma tête. Les images de l'accident me sont apparues en flash irrégulier. Un film vidéo déréglé, dans le désordre, qui défilait sous mes yeux. J'ai revu l'impact, les cris, la peur. Puis, j'ai pu entrouvrir les paupières. Les deux personnes ne parlaient plus, mais elles étaient toujours là.

‒ Je crois qu'elle se réveille.

La lumière a inondé mes pupilles. J'ai refermé les yeux. Puis, j'ai essayé à nouveau. C'était une chambre d'hôpital. Une fenêtre, un fauteuil, une table, et deux femmes qui m'observaient en silence. Les murs étaient blancs, le sol bleu. La lumière a accentué la douleur. Celle que je ne connaissais pas me couvait d'un regard bienveillant et d'un sourire poli. La deuxième pleurait. Je l'ai trouvé moins belle. Les larmes ne lui allaient pas.

‒ Ne pleure pas, ai-je peiné à articuler.

Ma bouche était sèche et douloureuse. J'ai passé la langue sur l'intérieur de ma joue. Un léger gout métallique. J'ai froncé les sourcils.

‒ Je ne pleure pas, a-t-elle sangloté, j'ai juste eu peur...N'essaye plus jamais de me faire un coup pareil.

J'ai voulu lui promettre, mais je me suis abstenue. Je ne supportais pas voir Stella pleurer.L'autre femme s'est approché de mon lit, elle portait une longue blouse blanche.

‒ Comment vous sentez vous ?

‒ J'ai mal à la tête et... j'ai mal partout, en fait.

Ma voix s'éclaircissait déjà.

‒ Vous avez subi un traumatisme crânien léger et plusieurs autres traumatismes sur les membres inférieurs et supérieurs. Est-ce que vous vous souvenez de l'accident ?

J'ai hoché la tête pour dire oui. Stella se raclait la gorge et essuyait ses joues. Elle ne pleurait déjà plus.Le médecin m'a fait passer des tests et a fini par me promettre un retour à la maison dès le lendemain. Stella m'a sermonné une fois seule, mais ni elle ni moi n'y avions cru. Grace aux médicaments, la douleur s'est rapidement estompée. Je pensais avoir dormi longtemps. Mais l'accident datait seulement de quelques heures.

REDLINE Où les histoires vivent. Découvrez maintenant