Chapitre 4 : L'Oracle vous salue

14 1 0
                                    


Un an plus tard, Eel

Le bruit de ses bottes était étouffé par l'immense tapis carmin qui s'étendait d'un bout à l'autre du couloir. Les tissus accrochés aux murs contribuaient à rendre feutrée l'ambiance qui se dégageait de cette partie du quartier général de la garde d'Eel, et Valkyon Atani appréciait tout particulièrement le calme qui régnait.

Loin de l'agitation habituelle des gardiens, le capitaine de la garde obsidienne s'adossa à l'un des murs en passant une main dans ses cheveux blancs. Il constata avec un certain dépit que le ruban qui les maintenait d'ordinaire en place avait décidé de reprendre sa liberté, ce qui lui arracha un soupir agacé.

Valkyon n'aimait pas paraître négligé. D'autant plus qu'aujourd'hui, il accueillait les nouvelles recrues de sa garde et il savait que tous les yeux seraient fixés sur lui. Cela faisait presque quatre ans qu'il dirigeait le corps armé d'Eel, et son jeune âge jouait souvent en sa défaveur : il ne pouvait se permettre aucun faux pas. Il avait eu suffisamment de mal à se faire obéir des gardiens plus âgés, il était hors de question de renouveler l'expérience avec de simples recrues.

Ses yeux dorés parcoururent la liste de noms qu'on lui avait donnée : parfaitement calligraphiés, dix-sept noms s'étalaient sur le parchemin blanc. Six d'entre eux étaient gratifiés d'une petite étoile rouge, la couleur de sa garde. Il les prononça à voix haute un par un pour être certain de ne pas bafouiller en appelant ses nouveaux subordonnés, quand l'un d'entre eux l'interpella. June. Valkyon fronça les sourcils : ça ne sonnait pas très eelien. Une sensation étrange s'empara de ses entrailles, mais avant qu'il n'ait pu mettre le doigt dessus, un jappement le tira de ses réflexions.

Planté devant lui, sa langue pendant sur le côté en lui donnant l'air particulièrement idiot, un énorme minaloo semblait réclamer des caresses. Il reconnut sans peine le familier, dont les arabesques peintes lui étaient familières, et il s'exécuta d'un sourire.

- Salut, Geish. Tu es tout seul ?

Le familier plissa ses yeux blancs avant de rouler sur le ventre, forçant Valkyon à s'agenouiller pour continuer à le caresser.

- Bien sûr que non, répondit le minaloo. Elle t'attend au bout du couloir.

- Je suis surpris qu'elle soit venue, remarqua le capitaine en se relevant.

- Elle n'allait sûrement pas manquer ça...

Valkyon se tourna vers lui sans comprendre, mais Geish se contenta de bailler avant de trottiner pour disparaître au tournant du couloir. Le jeune homme fit la moue : tel maître, tel familier...

Il reprit donc son chemin sans cesser de relire les noms, et quand il atteignit sa destination, il put constater que les informations du minaloo étaient exactes. Adossée au mur, une jambe repliée sous elle, une gardienne fixait le marbre blanc avec l'air de s'ennuyer profondément. Ses longs cheveux noirs étaient retenus par un ruban rouge tressé qui faisait ressortir ses yeux turquoises et ses traits émaciés. Comme à son habitude, elle avait revêtue un uniforme qui n'était pas du tout celui de sa garde - quoiqu'il puisse distinguer l'emblème de l'obsidienne épinglée à son gilet de cuir - et laissé ses bras nus. Seules ses mains étaient couvertes, avec des gants que Valkyon ne l'avait jamais vue enlever en public.

A son approche, la gardienne redressa légèrement la tête pour lui adresser un regard morne. Il y répondit d'un sourire crispé : après toutes ces années, le géant avait appris à décrypter les expressions de l'ancienne mercenaire et il savait que l'ennui qu'elle affichait était feint. Pour une raison qu'il n'avait pas encore déterminée, Maya Blackwave était intéressée par quelque chose.

Le Chant de LéthéeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant