Lettre XL, du Roi à Monsieur.

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Mon féfé, te voir dans un pareil état me fend le cœur. Après les hurlements terribles de Minette que toi, plus que tout autre, a supporté jusqu'au dernier moment, ne quittant son chevet pour tout l'or du monde, avec le même dévouement que tu en as montré envers Mère, t'imposer cette autopsie me paraît être d'une barbarie sans nom. Hélas nous n'avons le choix.

Je sais parfaitement que tu n'es coupable de rien, mais je crains que le résultat ne soit en notre défaveur. Car toute trace de poison, même infime, serait une tragédie, pour toi, pour moi, pour la France. Quant au Chevalier, je peux presque entendre les rumeurs courant déjà à son sujet, mais je n'y crois pas. En Italie, il n'aurait pu concevoir un tel plan, et puis ton amant n'est pas l'homme le plus discret du monde.

Quant à l'action d'un espion, j'ai quelques doutes à ce sujet, car même si vous étiez à Versailles juste avant que le mal n'empire, nous avions des goutteurs en cuisine. Concernant cette eau de chicorée, je doute qu'elle soit à incriminer, puisque les dames de compagnie en ont bu et sont en pleine forme !

Cependant, je ne puis attendre la réaction de Charles II. Il nous faut réfléchir dans l'immédiat à ce que nous ferons, quels que soient les résultats, d'autant que je doute que des résultats négatifs satisfassent notre beau-frère.

En réalité, j'ai bien peur que les complaintes d'Henriette ne nous aient déjà fait grand tort. Son frère écoutait tout ce qu'elle lui contait à ton sujet. Il était inquiet à propos du Chevalier, c'est à cause de lui que j'ai dû l'exiler comme je te l'ai déjà dit. Et si ces rumeurs à son sujet remontent jusqu'à l'Angleterre alors je crains le pire !

Plus encore, ses ministres plaideront en faveur d'une rupture avec la France, car Henriette a trop bien négocié. En effet, le traité est très largement en notre faveur et non en celui de l'Angleterre. Bien sûr, Charles II y trouve amplement son compte, je ne me suis pas joué de lui, mais en revanche, pour ce qui est du parlement anglais, je doute qu'ils approuvent. Si notre aide financière leur sera bienvenue, ils n'apprécient que l'Angleterre doive participer à ce conflit.

Je redoute l'emprise de ses conseillers et de ce qu'ils pourraient bien dire à Charles II en notre défaveur. Comprends, mon frère, que tant qu'il en sera ainsi, nous ne pourrons entrer en campagne. Peut-être même devrons-nous l'annuler ! Sans le soutien des armées anglaises, je doute que nous remportions cette guerre.

Tu voulais me conseiller et m'aider pour cette alliance, alors voici donc toutes mes inquiétudes et doutes à ce sujet. J'aimerais que tu réfléchisses avec moi à ce que nous pourrons faire afin de résoudre ces problèmes. Si une telle chose est possible, évidemment. Je l'espère, le souhaite de tout cœur. Mais afin d'être certain de parvenir à garder Charles II auprès de nous, je pense qu'il nous faut dès maintenant élaborer une stratégie.

Aussi, j'aimerais que tu écrives à ton beau-frère au plus vite. Ne laisse pas d'autres lui annoncer la nouvelle.

2 juillet 1670, Saint Cloud


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