Elle
La guerre.
L'horreur de la guerre.
J'ai vu les images.
Les villes détruites.
Les maisons rasées.
Les immeubles écroulés.
Les hommes en combinaison blanche autour d'une puissance qui peut les souffler comme des fêtus de paille.
La guerre.
J'ai vu les images.
Les morts.
Tous ces morts, tous les morts.
Lui
Tu n'as rien vu, rien.
Ce n'était que peu.
Il nous reste les mers pour être à l'abri.
Et des terres avec des arbres verts.
Et des coins de ciel bleu.
Elle
J'ai vu.
Ô j'ai vu.
Les eaux huileuses.
Les champs desséchés.
Les creux de terre vides.
Les animaux agonisants.
Les forêts en feu.
Ces flammes, toutes ces flammes.
J'ai vu, ô j'ai vu.
Ces morts, tous ces morts.
Les morts.
Lui
Tu n'as rien vu, rien.
Ce n'était que peu.
Il nous reste les mers pour être à l'abri.
Et des terres avec des arbres verts.
Et des coins de ciel bleu.
Elle
Tais-toi.
J'ai vu les titres.
Et les images dans les journaux.
Les pluies-torrents.
Les maisons ravagées.
Les trottoirs engloutis.
Les arbres qui tombent.
Je les ai vu.
Et j'ai vu les morts, tous ces morts.
Des morts dans l'eau et sous les arbres.
Lui
Tu n'as rien vu, rien.
Ce n'était que peu.
Il nous reste les mers pour être à l'abri.
Et des terres avec des arbres verts.
Et des coins de ciel bleu.
Elle
Tu peux parler, toi.
Mais moi, je les ai vues.
Les colombes enfermées.
Elles ne peuvent pas parler, elles.
Les tourterelles exploitées.
Les roitelets enchaînés.
Les moineaux amoureux exécutés.
Ils ne peuvent pas parler, eux.
Les barreaux.
Les gardiens.
Les lois.
Les hommes.
Lui
Tu n'as rien vu, rien.
Ce n'était que peu.
Il nous reste les mers pour être à l'abri.
Et des terres avec des arbres verts.
Et des coins de ciel bleu.
Elle
Chut.
Tu parles trop et tu n'entends pas.
Moi, j'écoute.
J'ai écouté.
Les nombres qui s'envolent.
Les estomacs qui grondent.
Les enfants sous les ponts.
Les cris. Les faims. Les peurs. Les pleurs. Les fins du monde !
Lui
Tes yeux ne sont pas aveugles. Tes oreilles ne sont pas sourdes. Mais ton cœur fonctionne mieux encore.
Elle
J'ai vu. J'ai écouté.
Il ne reste rien. Il ne va rien rester.
Ô, dis, est-ce comme ça que ça doit se terminer ?
Est-ce que c'est déjà la fin ?
Je ne veux pas.
C'est trop tôt.
Encore, encore, encore !
Oh dis, c'est déjà la fin de l'histoire, oh dis?
Lui
Tu en écoutes des choses, et tu en vois. Oui
décidément, tu vois et tu entends.
Mais il nous reste l'amour pour nous mettre à l'abri.
Et des terres d'espoir avec des humains debouts.
Et des coins de ciel piqués d'étoiles.

VOUS LISEZ
Gribouillages et Torrents
Poetry... Bon. Je ne suis pas poète. Enfin si j'aimerai l'être. Peut-être que ce désir est le début de tout. Je ne suis pas Rimbaud Mes poèmes sont des griffonages Mais un jour je me suis dit que si personne ne me lisait, personne ne me critiquerait et pe...