« Mm... Guillaume...? »
Aurélien se réveilla au bout de plusieurs longues secondes qui lui parurent interminables quand il le secoua. Il avait les larmes aux yeux et la gorge serrée et celui-ci sembla s'en rendre compte car il se redressa aussitôt sur le canapé, lui jetant un regard soucieux :
« Guillaume ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu pleures ? »
Il déglutit péniblement et posa la lampe qu'il tenait à la main sur le sol avant de recouvrir les épaules du plus jeune du pull qu'il avait attrapé dans son armoire pour lui après avoir fait ses bagages.
« Habille-toi, Aurél. Vite, ils seront bientôt là. J'ai préparé un sac de voyage.
— Quoi...? »
Le plus jeune le regarda d'un air complètement perdu quand il l'amena à mettre le pull – puis des chaussettes, l'habillant lui, le plus jeune se laissant faire –, puis il le vit baisser la tête pour regarder le sac à dos qu'il avait à ses pieds, paraissant sur le point de craquer tant il l'avait rempli.
« Qu-Quoi ? répéta le plus jeune, se mettant cette fois à paniquer, et il le vit relever la tête, plongeant son regard dans le sien.
— Il faut s'en aller, ils arrivent.
— Non, Guillaume...! Je ne veux pas rester seul, ne me laisse pas ! s'exclama Aurélien et il lui lança un regard confus.
— Quoi ? Mais non, je-
— Je connais pas la faune et la flore du monde extérieur, le coupa précipitamment le plus jeune, semblant paniquer de plus belle. Tu as dit qu'elles étaient dangereuses, que je n'étais pas habitué. Les seules fois où je suis sorti, c'était avec toi et-
— Aurél, calme-toi ! Je viens avec toi. Ok ? » dit-il brusquement en le coupant et il attrapa son visage dans ses mains afin de le rassurer.
Il se mit à caresser sa joue gauche de son pouce, puis plongea son regard dans celui d'Aurélien. Ce dernier lui lança un regard larmoyant, semblant complètement perdu, et il le vit entrouvrir la bouche sans qu'aucun mot n'en sorte pendant un instant :
« Quoi ? dit encore une fois le plus jeune et il sourit doucement, attendri.
— Je viens avec toi. Je ne t'abandonne pas. Viens maintenant, je les ai entendus. Ils font des rondes dans le ciel. Ils vont bientôt attaquer la maison. »
Il se releva et mit son sac à dos avant de prendre la lampe d'une main et la main du plus jeune dans l'autre pour le tirer et l'entraîner derrière lui. Aurélien se laissa faire, paraissant complètement perdu quant aux événements qui se déroulaient en ce moment même, et il se mit à courir en direction de la sortie de la maison. Ils coururent un petit moment avant qu'Aurélien ne semble reprendre ses esprits une fois arrivés à la lisière de la forêt car il l'entendit l'appeler :
« Gui... Guillaume ! A-Attends...! Qu'est-ce que tu fais ?! Où c'est que tu m'amènes ?! Ta mère...
— C'est trop tard pour ma mère, Aurél, dit-il en se retournant précipitamment vers ce dernier et le plus jeune tressaillit. On en a discuté, elle et moi. Et il est préférable que je t'amène dans un lieu sûr. Jusqu'à ce qu'ils disparaissent du moins. Ils sont là pour toi et c'était impossible de nous sauver tous les trois. Ma mère est malade, gravement malade, et elle ne peut pas sortir tant qu'elle a besoin de cette machine, raisonna-t-il, ses yeux le piquant en disant les mots à voix haute, se rappelant de la discussion qu'ils avaient eu avec sa mère pendant qu'Aurélien dormait.
— Je... Je peux l'endormir... Le temps de la sortir de là... Et je ferais en sorte qu'elle ne se réveille que lorsqu'on aura atteint le district... ou trouvé une autre solution pour elle... balbutia Aurélien en se tournant vers la maison qui était à présent encerclée par trois vaisseaux qui l'éclairaient du ciel.
— Non, Aurél ! Reste là, l'appela-t-il en le rattrapant aussitôt par le poignet. C'est trop tard. On a pensé à cette solution aussi. Mais rappelle-toi de la dernière fois où tu as fait ça. Tu tenais à peine debout ensuite... Tu t'es évanoui...! Je ne pourrais jamais m'occuper d'elle et de toi en même temps, je n'ai pas la force nécessaire pour ça. Si à la limite on avait une voiture...
— Je... Je vais essayer de rester conscient cette fois alors... Guillaume... Tu ne peux pas réellement être en train de penser abandonner ta propre mère pour moi ? C'est ridicule... Au pire, tu me laisses moi. C'est moi qu'ils veulent en définitive. Pas toi...! »
Aurélien essaya de se défaire de son emprise à nouveau afin de rejoindre sa mère et il resserra son emprise sur son poignet, le plus jeune lui lançant un regard effrayé à ça :
« Aurél, non ! C'est son choix ! C'est elle qui l'a voulu comme ça !
— Arrête...! Arrête, Guillaume ! Tu ne peux pas réellement penser ce que tu dis...! Lâche-moi... Lâche-moi avant que... »
Le plus jeune essaya de se débattre pour le forcer à le lâcher et lorsqu'il se tourna vers la maison, c'est à ce moment-là que celle-ci explosa, une forte odeur de brûlé leur parvenant quasiment aussitôt. Aurélien s'effondra en larmes et il plaqua une main sur sa bouche pour étouffer ses cris alors que ses propres larmes coulaient sur ses joues en pensant à sa mère. Lui aussi avait tenté de lui faire entendre raison, mais c'était sa décision. C'était ainsi qu'elle avait choisi de mourir, en leur permettant de gagner du temps. Mais il n'arrivait pas à bouger, il était bien incapable d'avancer. Il attira Aurélien à lui en l'entendant sangloter contre la paume de sa main et celui-ci vint se blottir contre lui, entourant son cou de ses bras et plongeant son visage dans ce dernier.
« C'est de ma faute... Ta mère... Si je n'avais pas existé... Si tu ne m'avais pas rencontré... l'entendit-il pleurer contre lui et il secoua la tête doucement.
— Non, Aurél... C'était sa décision. Elle voulait te sauver, après ce que je lui ai expliqué sur toi. Tu n'es pas n'importe qui, tu es spécial, dit-il alors qu'une petite voix lui chuchotait qu'il n'avait toujours pas dit à Aurélien ce qu'il avait découvert dans son ADN. Grâce à toi, des millions de vies pourront être sauvées. Tu t'en rends compte ?
— Au détriment de la vie de ta mère ? Guillaume, arrête... murmura Aurélien dans son cou et il le sentit bouger légèrement, essayant de se redresser contre lui. Laisse... Laisse-moi... Le prochain, ce sera toi. Et ça, je le refuse. C'est hors de question. »
Il allait lui demander ce qu'il voulait dire par là quand Aurélien plongea son regard sombre dans le sien en se reculant légèrement de lui. Il frissonna sous le sérieux de ce regard et l'instant d'après, Aurélien se rapprochait de lui afin de déposer un baiser sur ses lèvres. Même plus que ça. Aurélien l'embrassait. Il écarquilla les yeux de surprise, son cœur menaçant de sortir de sa cage thoracique au baiser, quand il se rappela soudain de ce qu'il s'était passé quand le plus jeune avait embrassé sa mère la dernière fois.
« Aurél, bordel, non... dit-il en fronçant les sourcils et quand il le repoussa faiblement, il croisa le regard triste du plus jeune sur lui.
— Excuse-moi, Guillaume... Je fais ça pour toi. Je ne le supporterais pas si quelque chose venait à t'arriver par ma faute. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi... Je ne les laisserais pas te trouver, je te promets. »
Il attrapa Aurélien par son tee-shirt de peur qu'il s'en aille mais celui-ci resta près de lui alors que ses gestes se faisaient de plus en plus lourds, bien qu'il usait de toute sa volonté pour rester éveillé. Ses pensées se firent lourdes de même. Tout comme ses paupières. Et la dernière chose qu'il vit avant d'enfin s'endormir, ce fut le petit sourire triste que lui adressait Aurélien. Puis le trou noir.
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Fiction OrelxGringe - Le garçon venu d'ailleurs.
FanfictionAnnée 3000, après la Guerre Civile. En rentrant chez lui après être allé chercher des ressources dans la nature pour se nourrir, Guillaume voit un vaisseau s'écraser et en suivant sa chute, trouve un garçon blessé et inconscient.