Chapitre 9: Echec et Mat (Tom et la bande du 36)

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C'est reparti pour un tour de manège, une vraie farandole, en un peu moins joyeux quand même, en revanche, ça tourne et ça tourne comme ça tourne autour de l'équipe de l'inspecteur, la spirale infernale les engloutit avec eux cette fois ci.

L'enquête commence, il y au moins une trentaine de personnes sur le terrain, s'armant de patience et de courage pour retrouver le gamin. On explore les environs, on fait attention à chaque détail, on est sérieux et attentif. Une fouille générale mais sans englober la population du village, c'est une mauvaise idée, certes ça ferait plus de monde mais ce serait redoubler de vigilance, ils en ont déjà assez, surtout Tom, depuis qu'il a emmené la petite troupe avec lui, il ne veut plus mêler qui que ce soit même si les parents se rebellent et se font impatient, ce qui est logique vu qu'ils n'ont plus leur enfant, du moins pour l'instant. Rien n'est perdu, le jeu continue.

Des longues heures de patrouille s'enchaînent sur des hectares de terrains boisés, ça ne donne toujours rien. La nuit a fini par tomber et le moral est de nouveau bas, l'espoir ne tient qu'à un fil visiblement ou plutôt à cette feuille sanguinolente expertisée. C'est du sang de Will, ça veut tout dire comme rien dire au final...

Tom rentre au commissariat, largué qu'ils n'ont pas avancés, encore des moyens mis en place, encore des heures de sommeil en moins, encore et toujours encore. Il est énervé et ne sait pas où ça mène...

Il s'assoit derrière son bureau et joue avec son stylo entre les doigts, c'est dur de ne pas craquer et de garder la tête haute, même à 50 ans, on a des failles et des fêlures comme un verre brisé, lui est un verre qui a volé en éclats au bord d'une table dans un geste violent et maladroit. Nicolas rentre dans son bureau en mangeant une pomme :

« -Hey mon pote, ne tires pas cette tronche, ça va aller, ce n'est que le premier jour aussi, il faut du temps tu sais...

-Du temps ? On n'en a pas Nico, tu le sais autant que moi, le temps est notre pire ennemi, ça craint de plus en plus... »

Nicolas s'assoit et continue de manger, il essaie de rester positif mais il doit avouer, c'est de plus en plus douloureux de faire semblant et de porter un masque en permanence pour feindre les blessures de l'âme. Tom fouille dans son tiroir et tombe sur le dessin qu'il a réalisé quand il a vu cette apparition fantomatique dans le miroir, il en a encore des frissons.

« -Tom ? Tu es sûr que tu m'as tout raconté ? Tu m'as l'air préoccupé par autre chose...

-Est-ce que tu vas me prendre pour un fou comme tout le monde ?

-Tu doutes de moi, vraiment ? Après toutes ces années ensemble, je n'y crois pas... tu peux me faire confiance... »

L'inspecteur soupire et commence à raconter sa nuit à l'hôtel quand il est arrivé avec notamment l'épisode du miroir, il montre aussi le dessin pour exposer ses propos. Il parle aussi du fait qu'une collègue laborantine a eu une vision similaire il y a peu de temps, ça évite de dire qu'il est le seul à voir ce genre de choses et que ses neurones ne disjonctent pas tous seuls, quelque part c'est un moyen pour se rassurer, se réconforter.

« -... Tu sais que quand tu as des visions en général c'est mauvais signe... Sur certaines affaires par exemple, tu as vu des choses et tu avais raison à chaque fois...

-On m'a dit que j'étais schizo à cause de ses visions, ça n'a rien à voir... et tu sais depuis quand je le suis, il y a eu un élément déclencheur... Je me suis coltiné des heures et des heures avec un putain de psy qui prenait pour un fou quand je lui décrivais, il me foutait sur médocs ce con mais ça continue toujours...

-Tu es sûrement schizo, enfin je ne suis pas médecin ou quoi que ce soit mais bon... tu sais les médicaments ne servent qu'à atténuer, tu dois le savoir, ça ne peut pas te guérir complètement... mais arrête de dire que tu es taré, Tom, c'est faux... tu es malade, ce n'est pas une honte... »

Un village trop tranquilleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant