Château fort

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Comme tous les matins, je me lève, c'est l'heure de prendre la relève. La journée d'hier a été éprouvante, et celle d'aujourd'hui le sera tout autant. J'enfile précautionneusement mon armure, y cache dessous mes cicatrices et blessures. Personne ne doit les voir, jamais ! Je ne suis plus l'homme faible et chétif que j'étais.

Je quitte ma chambre en attrapant mon épée, et grimpe quatre à quatre les marches de la tour de guet. Au loin je les vois, déjà ils s'élancent, armés jusqu'aux dents pour me perforer la panse. Mais ils échoueront, comme tous ceux avant, et tous ceux après, je tiendrai bon éternellement. Je n'ai pas peur, mes murs sont larges et hauts. Ils ne pénétreront jamais l'intérieur de mon château.

Les premiers foncent tête baissée contre mes murailles. Ils s'égosillent, m'insultent et braillent. Je n'ai que faire de leurs invectives, elles ne m'atteignent pas. Derrière mes murs je suis bien protégé de tout cela. Alors ils dégainent et attaquent l'enceinte fortifiée, mais contre la pierre leurs lames ne font que s'émousser. Déjà je vois que leurs forces s'épuisent, et les unes après les autres, leurs armes se brisent.


Je suis dans mon château
Forteresse imprenable
A l'abri de leurs mots
Des critiques et des fables
Seul en haut de ma tour
Bien loin des pernicieux
Je contemple le jour
Ici je suis heureux


Le Soleil continue sa course céleste, et les ennemis par dizaines encore se pressent. Ils chargent maintenant tous ensemble, et même si mes murailles parfois légèrement tremblent, elles ne sont qu'à peine éraflées, ce n'est pas ainsi qu'ils pourront les briser. Alors ils abandonnent et s'éloignent des remparts, ce n'est pas la fin de la guerre, mais une première victoire.

C'est alors que mes pires adversaires se présentent enfin. Ceux-ci sont vicieux, fourbes et malins. Ils s'avancent désarmés devant l'entrée principale, mais même sans épée ils peuvent me faire du mal. Ils hissent le drapeau blanc et se disent amis, comme si j'allais vraiment croire à ces inepties. Ils me regardent simplement, tentant de m'attendrir, ignorant les histoires qui m'ont fait m'endurcir.

En dernier recours il leur reste un espoir, leur carte maîtresse pour essayer de m'émouvoir. La famille royale arrive au grand complet. Enfin presque, puisqu'il manque toujours le cadet. Ce dernier c'est moi, mais je ne veux plus les voir. A chaque tentative je brise un peu plus leurs espoirs. Alors ils s'en vont, une nouvelle fois déçus. Enfin la nuit tombe, et je me sens un peu perdu.


Je suis dans mon château
Forteresse froide et sombre
Coincé avec mes maux
Surveillé par mon ombre
Tout seul alors je pleure
Je repense à ma vie
Vaut-elle tous ces malheurs
Qui tourmentent mon esprit ?


Dans les ténèbres les plus noires, tu apparais au loin, repoussant mes doutes, mes tourments, mon chagrin. D'où vient donc ta lumière brillant de mille feux, qui allume une petite étincelle au fond de mes yeux ? Je n'ai pour sûr jamais vu pareil phénomène avant. Toi, silhouette élancée d'un blanc éclatant, es maintenant à quelques pas de l'enceinte fortifiée. Que penses-tu pouvoir faire là où tous les autres ont échoué ?

Sans un mot, sans un geste, tu fais un pas, et soudain toutes mes murailles volent en éclats. Toutes ces années passées à les construire pierre par pierre, effacées en un instant sans que je n'ai rien pu faire. Tu continues ton chemin, je dégaine mon épée, mais celle-ci dans mes mains aussitôt disparaît. Tous les murs tremblent, ma tour se fissure, mon château part en cendres, envolée mon armure.

Mes dernières protections ont complètement disparu, face à toi me voilà maintenant mis à nu. Je tente de couvrir mes cicatrices tant bien que mal. Être aussi vulnérable est pour moi insupportable. Voilà donc venu le triste jour de ma fin ? J'ai tenu si longtemps, tout cela en vain ? Je suis brisé, je dois avoir l'air d'un pantin. Tu pourrais me frapper...


...mais tu me tends la main.


Ensemble dans mon château
Ma solitude est finie
Les portes ouvertes de nouveau
Pour ma famille, mes amis
Je n'ai plus peur des gens
Car tu es près de moi
Qu'ils viennent, on les attend


Mon château fort...


C'est toi

Poète PouetOù les histoires vivent. Découvrez maintenant