Chapitre 25

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Vérité, vérité chérie,

Dis-moi donc pourquoi tu t'enfuis ?

Vérité, vérité honnie,

Pourquoi nous fais-tu mal ainsi ?

Un silence de plomb régnait, pesant lourd au-dessus de nos têtes. Seuls retentissaient le bruit de vent qui balayait les hauts plateaux et la pente escarpée avec furie ainsi que celui des éboulis de cailloux que nous provoquions lors de notre périple. L'herbe à moitié brûlée tapissait le versant, autour du sentier. Au-dessus de nos têtes, s'élançaient d'immenses éperons rocheux, droit vers le ciel, en pointe, formant presque une crête arrondie. Je commençais à discerner les contours d'un cirque, tout là-haut, dissimulé par ces falaises grises. Ce paysage splendide, comme coupé du reste de l'univers, était à couper le souffle. Pour peu, j'en oublierais presque la raison de notre présence ici et ce qui se cachait derrière ce cadre magistral. Pour peu, j'en oublierais le Purgatoire, les épreuves, la souffrance... Dante.

Mais partout autour de nous, malgré l'absence totale de la moindre forme de vie, je ne cessais de discerner du coin de l'œil du mouvement. Une ombre rôdant par ci, par-là, jamais loin mais toujours à distance, ses pas la poussaient sur notre trace. Elle était là, dehors. Elle était là, en moi.

Le Mal.

Mais dès lors que je tournais entièrement la tête dans l'optique de la surprendre, l'ombre s'était volatilisée. Tout était immobile. Effroyablement immobile. Et vide. Il n'y avait rien. Toujours rien. Je ne savais plus si ce que je voyais était réel ou si j'hallucinais.

Verità, cara verità,

Dimmi, dovè la realtà ?*

Je n'arrêtais pas de revoir la scène du mur de feu se jouer sous mes yeux. Malgré la cadence infernale de notre périple, malgré le monde autour de moi, tout ce que je voyais, c'était Dante qui me faisait face, le visage brouillé par la fumée et la cendre. Tout ce que j'entendais c'était sa révélation. Tout ce dont je me rappelais, c'était du Mal, entre nous, toujours entre nous ! Et en nous...

Mes propres mots tournaient en boucle dans ma tête, me rappelant sans cesse cette plaie que je m'étais infligée, que je nous avais infligée.

« Je crains que même dans cette nouvelle vie, même si je t'aime de tout mon cœur, de toute mon âme... une part de moi t'abhorras toujours autant que l'autre t'adorera. »

Et comment éprouver autre chose ? Il m'avait privée de ma vie, m'avait précipitée droits aux enfers et à chaque pacte, m'avait offerte un peu plus à Regana, au Mal. Cette haine, cette folie, c'était la sienne, uniquement nourrie par lui, par ses actions. Par notre amour maudit...

« Je crains qu'à terme, cela finisse par nous détruire encore. »

Je secouai la tête, cherchant à me débarrasser de ce souffle venimeux. Peine perdue, il revenait à la charge, sous mes traits, encore et encore et encore. Ravivant mes craintes. Enfonçant son couteau dans la plaie béante de mon âme.

« Que nous finissions par nous détruire nous-même. »

À moins que cette montagne ne le fasse avant. Peut-être l'avait-elle déjà fait après tout ? Restait-il toujours quelque chose à détruire ? Des cendres de notre passion, de tout ce qu'avait brûlé et anéanti le mur de feu, y avait-il encore un vestige à ravager ?

N'étions-nous pas déjà des fantômes vains, vides ?

Une petite voix en moi soufflait avec douceur sur les braises, dans l'espoir de les raviver.

Mission "Ulysse" (Regana - tome 2)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant