Lettre LXXVIII, de Elisabeth-Charlotte de Bavière à Monsieur.

2 1 0
                                    

Monsieur,

Vous m'avez fait parvenir une si jolie lettre, je n'aurais songé qu'on puisse échanger avant notre mariage, mais j'en suis enchantée ! Je suis d'accord avec vous, Monsieur, rien ne vaut la franchise, particulièrement en un couple de mari et femme ! Je n'ai eu l'occasion d'avoir sous les yeux des exemples de ménages heureux hélas, si bien que je vous croie sur parole lorsque vous me dites qu'il ne faut chercher dans le mariage ni l'amour ni le bonheur. Toutefois puisque nous sommes tous contraints d'en passer par là, je pense qu'il faut faire au mieux avec ce que l'on a.

Vous avez raison également au sujet de nos goûts, je n'ai jamais été au bal ni au théâtre, peut-être que j'aimerais cela. Je vous en prie, vous me montrerez tout cela. Quant à l'art, je ne peux pas dire que les tableaux dans les palais de mon père soient d'une beauté à couper le souffle, je leur préfère les paysages somptueux de ma Bavière que j'aime parcourir à cheval ou mieux encore, à pied. J'adore les balades en plein air et j'ai plaisir à courir la campagne.

L'on m'a conté qu'il y avait des bois entourant Versailles où le Roi chasse aussi souvent que ses devoirs le lui permettent. J'aimerais beaucoup y participer, pensez-vous que cela soit possible ? Laisse-t-on les femmes chasser en France ? J'ai le sentiment que je suis très différente des dames de la Cour, j'espère que cela ne sera pas un problème.

Je m'apprête à quitter mon pays, ma famille et mes amis avec qui je ne pourrais conserver qu'une relation épistolaire, aussi savoir que je trouverais un confident auprès de mon époux me console un peu. Comme toute princesse, je sais que cela est dans l'ordre des choses, mais je vais avoir besoin de votre aide pour m'adapter à la vie de la Cour de France qui est bien différente de celle que j'ai pu connaître en Bohème. Savoir que je pourrais compter sur vous me touche et me rassure.

J'ai entendu dire que vous aviez un favori et des mignons. Que signifie cela ? Préfériez-vous la compagnie de ces hommes à celle de votre femme ? Si tel est le cas, à quoi vous servirai-je donc, Monsieur ? Pardonnez mes mots, je suis jeune et habituée à d'autres manières que les vôtres qui me paraissent des plus élégantes, mais vous m'avez dit vouloir être franc avec moi, je pense qu'il faudrait commencer par cela, non ?

En attente de votre réponse, et en vous remerciant de m'avoir conté tout cela.

18 octobre 1671, Royaume de Bohème

A l'ombre du SoleilOù les histoires vivent. Découvrez maintenant