Salutations damoiselles et damoiseaux.
Restez bien oisifs dans vos sièges enfoncés, car du spectacle le clou vient d'arriver. Je vois des dames au bras des rois et des valets bien cavaliers, mais il manquait un joker que voici, celui qui a tout pour vous la couper. La chique non la tête, point de révolution ici. Le chic esthète que je suis ne vend que rêves, voluptés et folies.
Qui est donc ce bouffon qui énonce ses flonflons ? Voilà la question que vous vous posez là, sidérés mais fascinés par tant de verve, attendant impatients que je vous la serve. Oiseau de paradis, moi zozo paradant, je crois bien qu'il est temps de sortir de l'étang et de déployer mes ailes et ma plume.
Laissez donc le fou se présenter en diagonale, car il est vrai que mon allure est peu banale. Pourtant je vous assure être normal, si tant est que cela ait du sens. Sans plus attendre me voici, avec mes farces et facéties. Appelez-moi clown ou bouffon, mais Hellbay est bien mon nom. Hell'Bégonia quand j'accoure à jardin pour faire faner les pleurs, fleurir les cœurs, chanter les chœurs, changer les mœurs avec humour et bonne humeur. Hell'Béchamel quand je badine à cour pour tenter de vous sustenter, la panse et l'esprit, je pense et j'écris, j'avance et décris une danse et des cris, vous voilà conquis. Hell'Bélouga enfin quand je me fais grand, nageant parmi les gros poissons, vrais poisons se croyant les maîtres de l'océan. Mais face à moi ils la perdent et s'effacent pendant que je m'esclaffe. Car j'ose et j'impose ma prose à qui veut l'entendre, sans prétendre détenir la raison mais retenir votre attention quelque instant seulement.
Oui vous ! Voyez, vous qui vous vouvoyez, comme vous êtes le vrai numéro, le centre du braséro, l'ardeur du boléro. Les regards sont sur moi, vous l'avez décidé. Je vous dois ces égards que je n'ai mérités. Mais dès lors que je pars vous prenez le relais, et tout l'or qui vous pare ne saurait vous l'enlever. En attendant me taire n'est pas au programme, et tant pis si j'atterre de mes épigrammes.
Mais revenons à nos moutons et reprenons cette oraison car à raison nous attendons les citations du trublion. Je parle de moi sans émoi car ma foi c'est mon sujet favori, celui que j'étudie depuis tout petit. Me voilà donc expert de ma personne comme personne ne peut espérer l'être, maniant les lettres et les mots, voulant les mettre sur mes maux, prônant le règne de l'égo qui dans l'arène se fait beau. Tel un gladiateur je me bats afin de repousser le glas qui à la fin sonnera quand plus personne ne sera. Point d'épée ni de trident pour me défendre, piques et traits un brin mordants pour vous détendre.
Comme c'est cocasse, quoi que je fasse le vous revient toujours, envers et contre tout, en vers et avec vous. Quand je veux me décrire j'en viens sans cesse à vous, alors pour vous faire rire changeons dessus dessous. Parlons de vous mon auditoire qui m'avez invité dans l'espoir d'un numéro jubilatoire. Voici donc les numéros gagnants ! Premièrement le un de l'unité, celui sur lequel on peut compter, mais un tout seul ne fait toujours qu'un, et un sans rien ne va pas très loin, alors ajoutons d'autres uns. Le deux vient en suivant évidemment. Grand dieu qu'il est charmant ce bel enfant. Le deux c'est toi et moi, c'est nous, c'est quoi ? Un couple de uns qui ensemble font deux et maintenant se confondent, car c'est bien à plusieurs qu'on augmente sa valeur. Ainsi valeureux uns vous vous additionnez pour former un nombre toujours plus imposant vous rendant ce faisant plus importants. Mais quand le nombre est grand, le un devient insignifiant se rapprochant peu à peu du néant. Un sur deux est la moitié, un sur mille est négligé. Mais multitude est préférable à solitude, cette attitude est vénérable par habitude. Alors l'unique est moqué, la différence mise au bûcher ou sur une scène de cabaret.
Voilà que j'entre à nouveau en scène, au service de votre vertu, m'évertuant pour vos vices, le seul et l'unique, celui qu'on critique mais dont on pique les répliques de sa rhétorique. Voyez comme ma tactique est une réussite, en parlant de vous je reviens à moi, comme si je n'existais qu'à travers vous et inversement vous dans mes vers de soie. Soyez témoin de cette réflexion, du miroir que vos yeux sont, du pouvoir de destruction qui en chacun sommeille profond. Réveillez plutôt cette lueur d'espoir qui brille dare-dare dans le noir de votre regard car plus tard il sera trop tard. Et si vous êtes déjà vendus, que vous me préférez pendu, le spectacle sera suspendu. Alors pour continuer de rire, laissez-moi encore faire le pitre et conclure ce chapitre.
Damoiselles et damoiseaux, merci d'avoir reçu mes mots. Je vous dis peut-être à bientôt. Vous pouvez abaisser le rideau.
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