Chapitre 6 : Le cirque Yanwo

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C'était un matin, des jours après l'accident. Enfin l'accident, le dernier en date du moins. Jimin allait bien physiquement, depuis un long moment déjà, mais il ne venait plus aux répétitions.

Mais ce matin, il passa le lourd rideau de toile rouge. Il faisait peur à voir. Jimin était une étoile lorsqu'il était suspendu, là-haut, ou porté à bouts de bras ; mais Jimin, avant que le public n'arrive, était gris. Lorsqu'il était plus jeune, nos yeux suffisaient à lui donner sa couleur, mais très vite ils n'ont plus été suffisants.

« Où est-ce que tu as passé la nuit ? je demande à mon ami. Tu n'as pas l'air très frai ».

Je l'avais aperçu, hier, âme errante autour des roulottes disposées en ce qui se voulait être un cercle mais qui s'avérait suivre les courbes de la place que l'on nous avait attribuée.

Il ignora ma question en dessinant un baiser sur ses lèvres, je m'en serai douté. Mais il était là, c'était tout ce qui comptait. D'ailleurs Namjoon débarqua, s'apprêtant à pousser le même élan de colère que celui qu'il nous servait tous les matins depuis que Jimin ne s'était plus montré en guise de bonjour. Le « le fils du ciel ne daigne encore pas se montrer ce matin ? Et bien qu'il aille gagner son sous comme il le chante et qu'il attrape la mort à traîner dans les rues » s'était transformé ce matin en « bonjour tout le monde », comme avant, et personne n'avait eu l'air surpris. J'avais continué à m'étirer, Jimin m'avait rejoins, Hoseok n'était pas encore arrivé, Yoongi non plus, Taehyung était muet dans son coin tandis que le prestidigitateur traversait l'arène pour ressortir du chapiteau entre deux toiles. Il marchait si brusquement qu'on pouvait sentir le vent qu'il déplaçait quelque soit le coin du chapiteau où l'on se trouvait. Taehyung leva d'ailleurs un bras qu'il dressa en rempart entre son visage et la litière équine qui vola dans les airs au passage de son supérieur.

Taehyung et Namjoon étaient frères. Personne n'y croyait. Taehyung lui-même n'était pas sûr que ce soit le cas, Namjoon avait passé son enfance à lui faire gober qu'il avait été recueilli par leurs parents et ce dernier ne savait, encore à ce jour, plus à quelle version des faits se fier. Moi j'étais leur cousin. Namjoon était bien plus vieux que Taehyung. J'étais plus jeune que les deux autre Kim de plusieurs années, plus jeune que Jimin, le petit bébé de cette famille.

Je reportais mon attention sur Jimin, la tête en bas entre ses jambes écartés, le corps en équilibre sur la pulpe de ses doigts et celle de ses orteils.

On parle beaucoup de Jimin lorsqu'il est là-haut, mais on parle très peu de Jimin lorsqu'il danse. L'effet est pourtant le même, sa virtuosité l'élève de quelques centimètres à plusieurs mètres du sol. Mais depuis sa chute, une partie du corps de Jimin est comme engourdie, la blessure donne à son membre inférieur gauche un aspect terrien.

« Tu as l'air d'une bonne femme, Jimin, avec ce boitillement. Ta jambe traîne au sol. Tu ressemble à cette usurpatrice qui faisait des acrobaties quand on était enfant, avec son corps bouffi et sa lourdeur ».

Taehyung, avec les mots durs, toujours, et depuis toujours. Comment lui en vouloir ? Un jour le public n'a pas ri et Taehyung a pleuré, et depuis sa langue est encore plus aiguisée. C'est de ma mère que Taehyung parle en ces termes. Namjoon l'a mise à la porte une fois la génération précédente décédée ou trop vieille pour se défendre face à ses manigances. J'avais laissé passer, plus soucieux pour Jimin que pour une femme que je n'avais pas vu depuis des années et qui était à l'origine de mes traumatismes d'enfance. Mon ami s'était blessé dans l'Accident et n'avait rien dit. Seul Jungkook était alors au courant. Jusqu'à ce fameux soir de représentation où l'enfant des nuages avait dégringolé dans les filets, entraînant avec lui son compagnon de jeu. Le cœur du public avait manqué un battement et dans l'esprit des hirondelles, une scène s'était rejouée. Flash blanc prenant la couleur du sang.


***

Ce chapitre est un peu différent, il y en aura quelques uns comme celui-ci je pense, plus descriptifs des scènes de vie de nos artistes. Même s'ils ne sont pas l'âme du texte, il me permettent de raconter des choses qui auraient été laborieuses à raconter à travers des dialogues.


Children Of the Clouds [Jikook]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant