2. 𝐒𝐂𝐈𝐄𝐍𝐂𝐄𝐒.

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APRIL
Scotland – Glasgow



    Les semelles épaisses de mes converses frôlent les dalles en marbre blanc de la maison lorsque je remonte le couloir pour me rendre au petit déjeuner. Le personnel présent dans la pièce me saluent tour à tour, je leur réponds avec un léger rictus et m'installe sur la chaise qui m'est attitrée depuis que j'ai l'âge de manger dans la même pièce que les adultes de ma famille.

Un bol rempli de mes céréales préférée ainsi que mon mélange de jus de fruits, pressés et servi chaque matin depuis que je suis petite sont déposées juste devant moi sur la table en vieux bois. Je lance un simple rictus à Paul qui se retire et me laisse prendre mon petit déjeuner.

Je suis seule dans la pièce pour le moment mais j'entends déjà les rires de mes tantes et les voix des hommes de ma famille qui s'élèvent dans les différents couloirs qui mènent jusqu'à la salle à manger. Petit déjeuner en famille, tous les jours à sept heures cinq, pas une minute de plus.

Je verse mon lait par dessus mes céréales et commence à déjeuner lorsque je sens une main être déposé sur l'une de mes épaules.

Un éclair traverse mon visage le temps d'un instant. Mes paumes de mains me démangent à l'idée que quelqu'un ne touche à ma préparation de ce matin. Ce n'est que papa.

– Bonjour, vous avez bien dormi ? Me demande mon père lorsqu'il s'écarte déjà de moi, dans la pièce.

– Bien et vous père ?

Il opine et s'installe au bout de l'immense table car autour de cette dernière, il occupe la place de chef de la famille Sutherland depuis le décès de grand-père.

La pièce se remplit rapidement de la présence de mes tantes et mes oncles. Ma belle-mère prend place juste à côté de moi en m'adressant un sourire complice accompagné d'un clin d'œil. Ses cheveux noirs de jais, coupé court et parfaitement lisse, frôlent ses épaules recouvertes d'un tissu rose, de la même couleur que ses lèvres charnues.

Couleur. Il y a de la couleur partout autour de cette table. Pas seulement parmi les fleurs qui trônent au centre de la table mais aussi dans les vêtements des membres de ma famille. Je déteste la couleur. Les vêtements colorés ne sont pas à mon goût. Mon ensemble de tailleur marron foncé et mon col roulé noir sont nettement plus classe et sobre.

– Parlons du repas de charité qui aura lieu dans quelques semaines, déclare mon père d'une voix qui arrête toutes les discussions. Toutes les invitations ont été envoyées ?

– Oui. Nous attendons encore les réponses de certaines familles mais je suis certaine que nous allons pouvoir compter sur eux, annonce l'une de mes tantes, Naomi. Et bien sûr, sur leur générosité.

– Les Stanford n'ont plus un rond, pourtant ils sont invités. Ils viendront pour profiter des petits fours, ricane l'un de mes oncles, Terence.

Mon père rit à son tour, mais pas d'un air moqueur.

– Personne a invité Calvin, comme je l'ai demandé, demande mon père d'un ton plus sérieux et froid.

Je relève les yeux vers lui en arrêtant de boire mon jus. Je fixe mon père qui ne regarde pas dans ma direction, il regarde vers mes oncles installés sur le rang en face de nous autour de la table.

– Pardon ? Dis-je à l'intention de mon père. Pourquoi oncle Calvin ne serait pas invité alors qu'il fait partie de notre famille.

– Vous savez très bien pourquoi April.

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