Je secouai la tête, ne sachant pas comment réagir. Je regardais autour de nous espérant trouver un indice, mais il n'y avait personne en vue. J’avais tout à coup l’impression d’être dans un état second, je pouvais entendre mon cœur battre très fortement. Ça n’était qu’une maudite inscription réalisée par des personnes sans cervelle, mais cela venait de créer chez moi la sensation d’être tombé du toit de l’école. Lorsque Lana plongea son regard dans le mien, je sentis, tout à coup, mes yeux se remplirent de larmes, mais il était hors de question qu’elles coulent, pas devant ceux qui avaient fait ça !
« Quel imbécile a besoin qu’on lui greffe un nouveau cerveau ? hurla Lana. »
Cela créa un attroupement d’élèves autour de nous, puis un grand musclé s’approcha et défia du regard Lana.
− Je trouve cette inscription plutôt réussie, c’est de l’art ! Au moins tout le monde s’en souviendra.
− Ladies and Gentlemen, applaudissons Yann pour ce dessin. On se souviendra tous qu’un « débilos » a réussi à intégrer cette école, c’est une première historique depuis le rat mort retrouvé l’année dernière dans la cour.
Lana venait de faire rire la foule qui nous entourait. Je ne pouvais m’empêcher d’être admiratif envers Lana d’avoir fait tomber le sourire niais de Yann en une fraction de seconde. Au même moment, le directeur arriva en catastrophe et ordonna à tout le monde de rejoindre sa classe.
Yann Grange était de loin la personne que j’évitais le plus possible, il passait son temps à s’en prendre à moi depuis le jour où je l’avais bousculé sans faire exprès : cela faisait un an. Les mille excuses présentées ce jour-là lui importaient peu. Yann était le « bad boy » du lycée. Toutes les filles craquaient pour lui : les plus intellos s’en servaient comme personnage pour leur romance à l’eau de rose ; les plus audacieuses préféraient s’arracher directement son numéro.
Devant un auditoire anesthésié par la dépression du lundi matin, le professeur Baudry expliquait comment la vitesse de propagation sonore était définie. Comme beaucoup, j’avais énormément de mal à me concentrer tant mes pensées n’étaient rivées que sur l’incident du matin : j’avais une haine profonde pour Yann et tous ceux qui le soutenaient sans rien faire. Il avait tout de même le mérite d’avoir raison sur une chose, je me souviendrai toute ma vie de son graffiti.
Les yeux rivés vers l’extérieur, j’observais les mouettes rieuses légères valsées dans le ciel encore bleu de septembre. Sur l’instant, j’enviais leur liberté, j’aurais tout donné pour me tenir près d’elles et disparaître aussi loin que possible de ce lycée. Soudain, un nuage noir apparu à l'horizon. Les mouettes continuaient à jouer, indifférentes à cette nouvelle présence. Mais rapidement, le nuage s'est rapproché et a commencé à occulter le soleil. Les mouettes se sont alors mises à pousser des cris stridents et à battre frénétiquement des ailes pour s'éloigner du nuage noir qui approchait. Elles avaient formé une danse chaotique et paniquée, tandis que des oiseaux noirâtres approchaient toujours plus près, obscurcissant le ciel. J’essayais d’identifier avec attention cette masse sombre qui s’avançait droit devant nous, jusqu’à ce qu’un corbeau saillant vienne me faire sursauter en s’écrasant sur la vitre juste en face de moi. Le bruit sourd qu’avait provoqué l’oiseau fit également réagir toute la classe.
« M. Roux, vous allez bien ? me demanda le professeur Baudry qui s’avança vers moi d’un pas rapide. »
Il resta lui aussi figé face à ce spectacle surréaliste : des centaines de corbeaux bruyants volaient en attroupement, le croassement rauque et grave des oiseaux ne cessait de se rapprocher de nous. Ahuris, Lana et d’autres élèves se levèrent et se tinrent devant les larges vitres à moitié ouvertes de la salle de classe.
− Bloody hell ! s’exclama Lana en se levant de sa chaise.
− Fermez toutes les fenêtres ! hurla M. Baudry.
Tout le monde s’exécuta sans perdre de temps, dans un mouvement de foule, les chaises se renversèrent et quelques-uns se mirent à hurler sans contrôle, augmentant la panique générale. Nous avions l’impression d’être en plein spectacle apocalyptique. Des centaines de corbeaux vinrent ensuite s’écraser contre les vitres de la salle de classe et retombèrent assommés au sol. Le déluge intense ne dura que quelques secondes, mais cela avait suffi à tous nous mettre dans un état de choc profond.
M. Baudry sortit de la salle en trombe, ça hurlait dans les couloirs, quelques classes semblaient avoir été choquées par ce qui venait de se passer. Avant de revenir au calme, nous imaginions toutes sortes de théories, mais quasiment toutes furent balayées de la main par notre professeur de sciences. M. Baudry était resté scotché sur sa chaise, il passait son temps à me fixer, puis détournait le regard dès que je croisais le sien.
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Marlavant - Le cœur de la forêt - T1
ParanormalMaxime, un adolescent harcelé à l'école, se lance dans une quête pour découvrir son identité lorsque des jeunes commencent à disparaître mystérieusement dans sa ville. Avec l'aide de son amie Lana, ils enquêtent et découvrent que les disparitions so...