Chapitre 5 | Une prémonition ? - Part IV

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Certains éléments paraissaient plus clairs dans mon esprit. J’avais le sentiment que je pouvais faire confiance au professeur Baudry ; après tout, il pouvait être notre allié à Lana et moi, il m’aiderait à comprendre ce monde, mes origines. Et par-dessus tout, il pouvait m’aider à protéger Lana des veneurs de l’ombre. Je saisis donc l’occasion : « J'aimerais vous parler de quelque chose qui me tracasse depuis un moment. Je fais des rêves prémonitoires. »
Le professeur Baudry me regarda droit dans les yeux et songea un moment avant de me répondre.
− Ah oui ! Raconte-moi un peu ça.
− J'ai rêvé il y a quelques jours des trois adolescents qui ont disparu dans la forêt. Et ce matin, j'ai fait un rêve dans lequel Lana se faisait enlever dans la forêt. Je suis vraiment inquiet et je ne sais pas quoi faire.
− Ces rêves sont peut-être liés aux veneurs de l'ombre qui sévissent dans la forêt ces derniers temps. Pour être honnête avec toi, je fais aussi des rêves prémonitoires.
Je n’en revenais pas, je me sentais tout à coup moins seul.
− Du coup, vous comprenez ce que je ressens. Est-ce que vous avez rêvé des jeunes aussi ?
− Non, pour ce qui est de mes rêves sont plus portés sur Marlavant, sur le réveil des ténèbres, c’est encore un peu flou. Maxime, dit M. Baudry en se penchant en avant, je vais te raconter l'histoire d'un peuple que tu n'as peut-être jamais entendu parler. Ils sont connus sous le nom de Physins.
Je haussais les sourcils, intéressé.
« Les Physins sont un peuple très avancé, doté de capacités sensorielles exceptionnelles et de la capacité de manipuler la matière et l'énergie comme personne sur cette terre. Malheureusement, ils ont également été assujettis et leur territoire est exploité depuis des siècles pour leurs minerais et en particulier pour le gel bleu, un liquide doté de cellules intelligentes, m’expliquait-il. »
Je fronçais les sourcils. Jusque-là, je ne savais pas où M. Baudry voulait en venir.
− Malheureusement, les Physins ont été réduits en esclavage par d'autres peuples qui convoitaient leurs ressources. Ils ont été forcés de travailler dans des mines et de produire du gel bleu pour le compte de leurs maîtres.
− Et maintenant, que sont devenus les Physins ? demandai-je.
− Ils vivent encore sous le joug de leurs envahisseurs, mais ils continuent à lutter pour leur liberté et leur indépendance. Certains d’entre eux, dont je fais partie, ont décidé de fuir et de se réfugier dans cette partie de la Terre, vivant et prospérant dans les souterrains.
− Vous vivez aussi dans des souterrains ? Vous voulez dire que Véra est Physin aussi ?
− Mme Manda a épousé un Physin, toutefois je ne saurais vraiment affirmer ses origines.
− Monsieur, je ne comprends pas où vous voulez en venir avec cette histoire de Physins.
− Les Physins sont les seuls considérés comme ayant des rêves prémonitoires, ce qui leur a permis de prévoir certaines catastrophes et de les éviter dans le passé.
− Vous pensez que je suis un Physin ?
− Maxime, ton père était originaire de Zénildor et Émilia Pontien, ta mère, de Humlire, le seul pays humain de Marlavant. Donc c’est impossible, mais c’est très curieux.
Je me sentis, à la fois, unique et comme plus proche de mes parents à l’écoute de ces nouvelles informations.
− Je ne le savais pas. Alors tout ça c’est bien réel… dis-je, sur un ton songeur.
− Aussi réel que toi et moi.
− Il y a encore beaucoup de choses que tu dois apprendre, Maxime. Malheureusement je ne connais pas toute ton histoire, il va donc falloir que tu aies une vraie discussion avec ton grand-père.
− Il ne voudra jamais, il s’emporte facilement à la moindre question sur le sujet…
− Si tu veux découvrir qui tu es vraiment, alors il va falloir affronter en face ce qui t’effraye le plus. Et tu grandiras pour devenir une source d’espoir.
Je fus surpris par le ton qu’avait employé M. Baudry. Il n’avait pas tort, au contraire. J’avais toujours eu peur de mon grand-père, je craignais chacune de ses réactions et face à lui je préférais me terrer dans le silence.
« Va au cours d’anglais, dit-il en attrapant un stylo. Je te fais un mot pour ton retard. »
Je me levai et saisis le mot d’excuse que m’avait rapidement griffonné M. Baudry. J’hésitais à m’en aller. C’était une occasion en or que de partager un moment avec un Physin, avec cette personne qui venait du même monde que moi. Je repensai à l’objet trouvé dans la serre et à la carte de Denecourt. Je reposai le mot de M. Baudry sur son bureau et repris place sur ma chaise. M. Baudry resta muet de surprise.
− Vous devez connaître le chemin caché de Denecourt, et ça !
Je sortis de mon sac la carte de Denecourt, et l’objet en or que Lana et moi avions découvert dans la serre. Je donnai l’objet avec précaution au professeur Baudry, à la vue duquel il eut un léger sourire. Il le caressa délicatement et l’observa avec attention :

Marlavant - Le cœur de la forêt - T1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant