Je te remercie de te soucier de ma nouvelle épouse, elle est très enjouée à l'idée de venir chasser avec toi. Dès que je lui en ai fait la proposition, elle m'a quasiment sauté au cou. Tu la verrais s'enthousiasmer à cette idée, tu en aurais toi aussi un large sourire allant d'une oreille à l'autre.
À dire vrai, Liselotte, c'est ainsi qu'elle souhaite qu'on la surnomme, n'est pas un caractère difficile. Je ne la crois pas capricieuse, bien au contraire. Mais elle a des manières surprenantes et il me faudra bien du travail avec elle pour l'habituer à celles de la Cour. Cependant je suis certain qu'avec l'aide d'Athénaïs, le miracle se produira bien vite.
Sa curiosité à propos de nos us et coutumes m'amuse énormément. Elle s'étonne de la petitesse de nos plats, de la finesse de nos tissus, elle se demande comment nous faisons pour ne pas mourir de froid l'hiver. Tu verrais ses bagages chargés de fourrures et de laines, j'ai commandé au plus vite de nouvelles tenues. Il n'y a pas que pour le bal qu'il lui faudra des robes. Je crois bien qu'elle n'a que des habits pour la chasse et le grand air et aucune qui ne convienne à la Cour !
À ce propos, elle me demande de te remercier pour le bal en son honneur. Mes pieds, eux, ne te remercient pas. Je pensais que les Allemands savaient danser, n'est-ce pas le pays de la valse ? Ma nouvelle épouse n'a le goût pour la danse ni le chant, pas plus que pour les toilettes et le maquillage. Cela ne fait rien, tant qu'elle accepte que je l'habille et la coiffe, elle sera des plus raffinées à la Cour. Je ne souffrirais qu'on se moque d'elle.
Pour tout te dire, je crois bien qu'elle a le cœur tendre. Quand je lui ai montré les jardins, présenté mes enfants, fait visiter nos appartements et raconté quel sera le programme de nos prochaines sorties mondaines, elle en eut le tournis. Mais ensuite, elle m'a dit que j'étais le meilleur des maris et qu'elle avait bien de la chance. Je ne sais si cela est bien vrai, mais je m'applique à la faire se sentir à l'aise.
Je crois bien que tu as fait le bon choix. Je voulais m'excuser d'avoir été de si méchante humeur lorsque tu m'as parlé de mariage, je craignais tant de revivre les difficultés que j'avais eues avec Henriette. Mais en découvrant Élisabeth et son si généreux cœur, je sais qu'il n'en sera rien ! Je peux donc te la confier pour la chasse que tu lui promets. Elle a été si déçue de n'avoir pu participer à la dernière et quand tu lui as dit au bal que ce n'était que partie remise, elle en a été si heureuse !
Aussi, je n'aurais le cœur à le lui interdire. Il est vrai que j'avais le plus grand mal à imaginer une femme chasser, plus encore une princesse. Je sais bien que notre cousine ne s'est jamais interdit de telles choses, mais elle est l'exemple parfait de ce qu'il ne convient pour une princesse. J'avais peur également que Liselotte ne se blesse. Mais après l'avoir vu chevaucher tantôt avec mes enfants, je suis rassuré. Elle est meilleure cavalière que je ne le serais jamais.
Je te cède donc mon épouse, prends en soin. Je ne me joindrais pas à vous, tu sais que je n'aime la chasse. Ce vent cinglant sur les joues, qui ébouriffe les cheveux et crée tous ces épis, cette boue qui s'insinue partout et salit tout, sans parler des affreuses odeurs du crottin, et plus encore, du risque de chute et de boiter ensuite ! Non merci, je vous laisse cette occupation champêtre. Je sais que tu t'assuras qu'elle ne fasse de mauvaise chute, je te demande seulement de ne point la laisser prendre trop de risque.
Elle m'a conté comment était sa vie au Palatin, comment elle grimpait aux arbres, comment elle chevauchait toute la journée sans se fatiguer, qu'elle adorait s'enfoncer dans des bois et en revenir les habits déchirés. Je crains qu'elle n'ait conscience des périls, elle m'a dit s'être déjà retrouvée face à un ours et devoir sa vie à ses réflexes. Je ne souhaite devenir veuf à nouveau, d'autant plus que mes enfants commencent à vraiment l'apprécier. Aussi, préserve-la du danger, je t'en prie.
6 décembre 1671, Saint Germain

VOUS LISEZ
A l'ombre du Soleil
Tarihi KurguRencontré sur le champs de bataille, le Chevalier de Lorraine a rapidement gagné le coeur de Monsieur, Philippe d'Orléans, le frère de Louis XIV. Mais cet amant insolent, indomptable et passionnant dérange à la cour, particulièrement son épouse jalo...