- J'ai rencontré un garçon.
Ma mère tourne la tête vers moi. J'ai toujours les yeux fixés sur mon assiette que j'ai à peine touchée. Un silence de plomb règne dans la pièce. On mangeait tous les trois, Henry, maman et moi dans la maison de mon adolescence.
- Waouh. Fait Amanda après quelques instants. Jamais je n'aurais cru que ça arriverait un jour.
- Je sais, moi non plus.
- Vous sortez ens...
- J'ai revu Emma aussi. La coupais-je, ne voulant pas répondre à cette question.
Encore un autre silence. Je relève les yeux. Henry, resté silencieux, passait son regard de maman à moi, ne comprenant pas ce qu'on disait ou plutôt de quelle personne nous parlions.
- Et ?
- Ça s'est mal terminé.
Maman soupire.
- Je m'en doutais.
- Je l'avais déjà vu au bal.
- Au bal ?
Son ton était passé dans les aigus.
- En décembre... Avant Noël... L'université organisait une soirée avec les anciens, c'est là que je l'ai revue pour la première fois, puis elle est venue devant l'école.
- Pourquoi tu ne me le dis que maintenant ?
- Il n'y a pas de raison. C'est juste qu'après en avoir parlé avec ce garçon que j'ai rencontré, j'ai envie de la revoir. J'ai besoin de mon amie et elle semblait vraiment...
- Il en est hors de question, Vic.
Son ton est autoritaire cette fois. Henry ne dit toujours rien, il sursaute, tout comme moi, à la brusquerie de maman.
- Je suis contente que tu aies rencontré quelqu'un en qui tu as confiance. Et je suis contente qu'il te redonne ce sourire. Tout comme tu as laissé Henry entré dans notre vie. Mais Emma fait partie de ton passé et tu ne pourras jamais retrouver son amitié.
- On peut pardonner.
- Pas elle !
La femme se lève brusquement et claque la prote de la salle à manger. Henry suit du regard sa copine.
- Emma était une amie, on a perdu contact. Tu veux mon assiette ?
- Non merci, j'ai trop mangé. Avec ta mère, je commence à prendre du poids.
Je souris.
- Elle a pris l'habitude de faire trop, car elle voulait que je mange. Il y a 4 ans, j'avais la peau sur les os. Elle n'a pas perdu l'habitude d'en faire trop, même si maintenant je ne suis plus anorexique.
- Pourquoi tous les jeunes veulent être minces ? Ce n'est pas bon pour leur santé. Commente l'homme.
- Je n'étais pas maigre parce que je ne voulais pas prendre de poids, Henry. C'était une période assez difficile pour moi et j'avais perdu mon amie. Ma dépression n'a pas été facile à gérer.
- Tu repousses les hommes de ta mère parce que tu avais besoin de son attention ? Pas seulement ce qui s'est passé durant ton enfance ?
- Ce qui s'est passé avec mon père est la raison de mon comportement, ce n'est plus un secret. Il y a aussi une autre raison, mais pas celle que tu crois.
Je me lève et débarrasse, coupant court à cette conversation. Henry fait de même, mais je l'arrête et lui dis :
- Tu devrais lui parler.
- Non, je crois que c'est plutôt toi qui devrais y aller. Ta mère a besoin de comprendre pourquoi tu veux retrouver ton amitié avec Emma.
Je rejoins maman dans le salon. Elle est affalée sur le canapé.
- Je ne comprends pas, Vic. Elle n'était pas là au moment où tu en avais le plus besoin. Pourquoi elle revient dans ta vie quand tu vas mieux ?
- Je ne sais pas, maman. Mais une chose est sûre, mon amie me manque. Je ne pourrais pas lui pardonner entièrement, c'est sûr. Mais la revoir me plairait énormément. Je commence à m'ouvrir aux autres, j'aimerais qu'elle fasse partie des autres. Elle ne sera plus jamais la meilleure amie d'avant, mais pourquoi ne pas avoir une amitié ?
Ma mère ne dit rien à ça, elle soupire.
- De toute façon, c'est toi qui vois, c'est ta vie. Finit-elle par dire.
- Merci, maman.
- Comment se fait-il que tu sois sorti ? Je suis contente, ce n'est pas ça, mais je suis étonnée. S'empresse-t-elle d'ajouter.
- Il faut dire merci à ce garçon. Il s'appelle Nathan. Il réussit à me faire changer. Il a réussi à faire tomber toutes les barrières que je m'étais imposées. Et j'ai peur pour ça, mais je veux lui faire confiance.
La femme devant moi passe sa main sur ma joue et essuie mes larmes que je n'avais pas vues venir. Je suis étonnée.
- Je commence à tomber amoureuse maman et je ne sais pas comment faire. Sanglotais-je. J'ai tellement peur.
Ma mère me prend dans ses bras.
- Oh, ma chérie, c'est normal d'avoir peur quand depuis des années tu fuyais les hommes. Mais ne t'en fais pas, tout va venir naturellement. Il faut que tu aies confiance en toi.
Je m'écarte d'elle et essuie mes larmes.
- Ça fait deux semaines que je l'évite. Après l'épisode d'Emma devant l'université, on s'est rapproché encore plus. Il m'a donné des conseils sur l'amitié que je devrais avoir avec elle. Je lui ai raconté mes aventures extraordinaires que j'ai eues avec elle. On a beaucoup ri, beaucoup parler. J'ai loupé tout un après-midi de cours. J'ai vraiment aimé ce rapprochement. Et j'ai tellement aimé que j'ai pris peur et depuis je n'ose pas le regarder. Je me sens minable et je sais qu'il ne comprend pas pourquoi j'agis comme ça.
Je pleure encore et mets mes mains sur mon visage pour me cacher. Je m'en veux, mais je n'arrivais pas à faire autrement que le faire souffrir. Car oui, après cet après-midi-là, comment ne pas avoir encore plus espoir pour faire tomber la fille la plus inaccessible de l'unif.
- Victoire, tu dois prendre ton temps. Dit maman en me reprenant dans ses bras.
- Tu n'es pas obligée de lui dire pourquoi tu as besoin de temps. Mais il a besoin de savoir pourquoi tu agis comme ça. Continue-t-elle.
J'acquiesce de la tête. On reste comme ça dans les bras l'une de l'autre pendant un certain temps.
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Âmes brisées
RomanceVic est brisée par son passé. De nature réservée, elle accorde difficilement sa confiance à une personne. Elle a érigé des murs bien solides pour repousser toutes personnes qui aimeraient la connaître. Seulement, l'arrivée d'un jeune homme dans sa...