Chapitre 19 : Les lumières de Singapour

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Singapour, octobre 2022.

En arrivant au Capitol Kempinski Hôtel à la tombée du jour, Adèle est soufflée par la beauté du lieu. Le grand bâtiment aux murs d'un blanc éclatant est entièrement recouvert de moulures et de sculptures en tout genres, et doté d'arches sublimes devant les portes d'entrées vitrées. Elle passe la porte et avance jusqu'à l'accueil pour récupérer sa clé. Elle est guidée jusqu'au deuxième étage et ouvre la porte de sa chambre. Elle découvre une suite impressionnante, toute de beige, de bois foncé et de dorures.

— Bien tenté, Thomas, pense-t-elle en la visitant, mais ça ne marche pas comme ça avec moi.

Elle trouve la carte du room service et se commande un bol de soupe laksa avec des kue dadar Gulung en dessert. Quelques minutes plus tard, son repas arrive. À vrai dire, elle ne sait pas vraiment de quoi il s'agit. Quand elle voyageait avec Stein, les repas se faisaient souvent en groupe, centrés autour de plats européens pour être sûr de plaire à tout le monde. Elle avait toujours trouvé ça dommage mais c'était comme ça et elle n'avait jamais osé s'en plaindre au patron. Adèle remercie la femme qui lui amène les plats et lui donne un bon pourboire. Elle ne paie déjà pas son repas et sa chambre, elle peut se permettre d'être généreuse avec le personnel. Elle soulève la cloche de la soupe et est immédiatement charmée par l'odeur des épices. Elle décide d'emmener son bol sur le balcon.

Thomas, une cigarette entre les lèvres, sent l'odeur de son plat dès qu'elle passe la porte vitrée et tourne la tête vers elle. À travers la cloison de treillis en bois qui les sépare, il la voit s'installer sur la table. Elle sait forcément qu'il est là, elle le repère toujours très vite. Il porte un verre de whiskey à ses lèvres sans la quitter du regard, la lumière orangée du soleil couchant faisant ressortir la chaleur de ses boucles rousses. Il meurt d'envie de passer ses mains dedans. Cette idée l'obsède depuis Budapest et devient encore plus intense quand elle lui oppose de la résistance. Il laisse son regard se porter sur ses lèvres quand elle y porte une cuillère de soupe de nouilles épicée.

Adèle ferme les yeux quand le liquide touche sa langue, trouvant cette soupe bien plus piquante que ce qu'elle avait prévu. Elle attrape son verre d'eau et en boit une gorgée par réflexe, ne faisant qu'accentuer la sensation désagréable dans sa bouche. Malgré sa sensibilité, le plat est trop bon pour qu'elle ne le termine pas. Elle le mélange bien pour que le lait de coco l'adoucisse et prend une nouvelle bouchée.

Il se mord la langue en voyant le feu monter aux joues de la jeune femme. Il imagine le goût de ses lèvres piquantes et sent son corps se tendre à l'idée d'y passer la langue. Elle est beaucoup trop belle pour ne pas lui appartenir. Elle fait passer ses cheveux sur le côté gauche de son cou, laissant le droit offert au regard brûlant de son patron. Il tire une longue latte sur sa cigarette pour se maîtriser. Elle n'aurait qu'un geste à faire pour qu'il traverse le couloir pour la retrouver.

Elle sait que Thomas est là, juste de l'autre côté du balcon. Elle n'a même pas besoin de regarder dans sa direction pour le savoir. En plus de l'odeur de cigarette qui embaume l'endroit, elle sent son regard sur elle, mais elle ne veut pas lui faire le plaisir de lui accorder la moindre attention. Il ne le mérite pas. S'il avait un meilleur comportement, peut-être pourrait-elle être plus clémente et l'autoriser à être plus proche d'elle, mais elle sait qu'il en profiterait pour tenter de prendre le dessus sur elle. Elle finit sa soupe et croise les jambes pour se mettre plus en arrière sur sa chaise.

Thomas serre un peu son verre en voyant l'une des jambes d'Adèle passer au-dessus de l'autre, sa robe déjà courte remontant le long de sa cuisse. Il ne se rappelle que trop d'avoir eu ses mains autour de ses jambes, fermement maintenues pour lui laisser champ libre. Il laisse échapper un soupir et détache son regard quelques secondes.

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