... définitivement aveugle.
Les mots ont résonné dans toute la chambre. Mais je n'ai pas réussi à les attraper. Je n'arrivais pas à penser que mes yeux ne verraient plus. Je dessinais, je peignais, mon regard faisait partie de moi. Alors imaginer que mes yeux s'étaient éteints n'était pas possible.
Aussi absurde que cela puisse paraître, je ne crus pas le docteur. Et puis, de toute façon, il fallait faire des tests.
Cette nouvelle fut plus percutante pour la famille. L'infirmière m'avait apporté un téléphone, pour que je leur annonce. Ma mère a paniqué.
- Mais, l'argent de tes dessins, demanda-t-elle, tu ne l'auras pas ? Chez l'éditeur...
Merci maman. Sans doute les mots lui manquaient, car elle mit le haut parleur et quitta la cuisine.
Eulalie, elle, n'a pas compris de quoi les grands parlaient.
Papa prit la parole :
- Tu sais, il existe des centres...
- Des centres ? répétais-je.
- Tu sais, pour les enfants, avec des problèmes, comme toi...
La délicatesse n'était pas son fort.
- C'est pour toi, Raphy, continua-t-il, tu seras aidé et accompagné.
Une bouffée de rage m'empêcha de répondre.
- Tout va bien Raphaël ?
- Oui, murmurais-je, merci...
- Tu sais quoi mon grand ? Je vais les contacter aujourd'hui même. Je pense sincèrement que ça t'aidera à aller mieux. Tout va s'arranger, tu le sais ?
Non papa. Ce n'était pas avec une voix douce comme ça que tu masquera ta répugnance pour mes cicatrices. Je ne voyais pas, mais combien j'entendais ton dégoût !
J'avais envie d'hurler. Au lieu de ça, je dis sagement :- Tu peux me passer Eulalie ?
- Bien sur mon grand.
Le téléphone grésilla quelques instants avant de transmettre la voix enjouée de ma petite sœur.
- Raphaël ! hurla-t-elle au téléphone, tu n'étais pas là hier !
J'éloignais l'appareil avec un sursaut de panique.
- C'est papa qui m'a lu l'histoire du soir, poursuivit-elle. Il lisait mal. J'ai même pas eu peur quand le méchant est arrivé.
Je riais silencieusement lorsque ma mère reprit le téléphone.
- C'est définitif pour tes yeux ? s'assura-t-elle une dernière fois.
Je me rememorais les fameux tests du docteur. Il me les avait fait passer ce matin, dans une grande pièce froide. La lumière puissance max max n'avait pas percé mon regard. Le contact entre mes yeux et mon cerveau était brisé pour toujours.
- Oui.
Un soupir se fit entendre à l'autre bout du fil.
- Je suis désolée, souffla-t-elle.
Je n'en pouvais plus. Je tatonnais sur tous les boutons jusqu'à trouver celui pour raccrocher. Désolée pour quoi ? pensais-je, pour tes rêves de gloire ? Pour l'image de la famille parfaite ?
Un goût nauséabond m'emplit la bouche.
*
* *L'hôpital de la pinède me garda encore trois jours. Ma mère m'avait fait passer mes affaires dans des cartons pour le centre, cependant, elle ne monta pas à ma chambre.
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La nuit sans étoiles
Short StoryJ'étais peintre, avant qu'un accident ait l'ingénieuse idée de me rendre aveugle. Dans leur extrême bonté, mes parents m'on expédié dans ce fameux centre "pour les enfants à problèmes". Ma seule amie est folle. Médicament prouvé. (Un vraie tarée, v...