Mme Marie ouvrit doucement la porte de ma chambre et dit de sa voix claire :
- Déjà réveillé, Raphaël ?
- Oui !
Elle s'approcha du lit, pour m'aider à me lever.
- Pas la peine de s'habiller, informai-je en réajustant mes vêtements de la veille.
J'entendis son rire discret. Soit elle pensait que je ne l'entendais pas, et elle se foutait de moi. Ou alors, elle cherchait à créer juste un petit lien complice entre nous. J'optai pour la deuxième solution. Il faut toujours être optimiste. Ou presque.
Elle me conduisit à la cuisine, pour passer encore une autre chouette journée comme celle de la veille. Excusez-moi, mon optimisme me fait défaut.
- T'as l'air complètement claqué, observa Marlène. Si tu voyais ta tête.
J'accusai le coup. Elle (très fière de sa pique) racla bruyamment le fond de son bol avec sa cuillère.
- Bonjour Marlène, répondis-je, ravi de te retrouver.
Je cherchais une remarque à faire sur ses jambes.
- Le dragon était énorme ! lança la voix de Becky, ignorant superbement la dispute des "grands".
Un rire familier parvint à mes oreilles.
- Et tu n'as même pas eu peur ? répondit Myriam qui feintait l'admiration.
Becky sauta de plaisir : elle pensait sûrement que Myriam la croyait. Quand le QI plafonne à 4, on pense facilement des trucs improbables, je parle de Becky bien sûr.
- Je suis forte ? demanda-t-elle.
- Assurément ma grande, dit Myriam avec une tendresse maternelle.
On versa de l'eau dans une tasse, juste à côté de moi.
- Une tisane, Raphaël ? proposa Myriam.
Elle s'assit sur la chaise voisine, et, avant même que je n'accepte, elle prit ma main, la posa contre la tasse pour m'épargner de la recherche de trois siècles. Pratique.
Une chaise grinça et je compris que Becky venait d'approcher la sienne de celle de Myriam.
- Le dragon était vert, affirma-t-elle avec un sérieux tout enfantin.
- C'est ma couleur préférée, répondit Myriam.
Elle posa un bisou sur le front (ou la joue) de sa protégée. J'imaginais facilement Becky rougir de bonheur.
- Vas-tu cesser enfin ? trancha une voix grincheuse, que j'identifiai être celle de Madame Sagne.
Un silence mort s'abattit sur la cuisine, le fredonnement de Becky était le seul bruit.
- Franchement le dragon ça va, remarqua Marlène. La dernière fois c'était la sirène, oui, ça c'était lourd mais sinon ...
- Je ne parlais pas du dragon, soupira Sagne. Myriam, tu vois très bien de quoi je parle.
- Pardon ? demanda-t-elle avec un étonnement tout naturel.
- Ne joue pas avec moi. Tu sais très bien que Rebecca est malade. Elle est ici pour se faire soigner. Tu fais quoi là ? Tu l'entretiens dans sa maladie.
(Becky s'appelait Rebecca, je l'appris moi aussi )
- Je ... commença Myriam.
- Tu es déjà inutile, coupa la directrice, ne sois pas néfaste pour autant.
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La nuit sans étoiles
Short StoryJ'étais peintre, avant qu'un accident ait l'ingénieuse idée de me rendre aveugle. Dans leur extrême bonté, mes parents m'on expédié dans ce fameux centre "pour les enfants à problèmes". Ma seule amie est folle. Médicament prouvé. (Un vraie tarée, v...