CHAPITRE XI

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- Il faudrait que tu ailles chercher ton amie, dit papa lorsque l'émotion desserra son grappin sur lui, elle ne semblait pas ... au top de la forme.

Entre nous, c'était davantage la curiosité que l'amitié qui me poussa à la rechercher. Super, vous me voyez déjà comme le mec aux ragots sans coeur. Si ça peut vous consoler, dites vous que si j'étais curieux, c'était qu'elle m'intéressait. Oui, cette fille m'intéressait, moi le gars à la réputation du célibataire blasé.

Mais peut être que ... Non, tais-toi. Myriam est assez futée pour savoir que vivre avec un aveugle, c'est horrible.

Personne ne voulait d'un estropié, malade, pauvre comme moi. Fini l'aventure.

Je montais les escaliers, suivant Becky qui avait accepté de me guider.

- C'est là ! indiqua-t-elle.

Il lui fallut un bond pour disparaître, et sans doute recoiffer ses licornes dorées. (Bien entendu, je n'ai rien contre ces animaux. C'est des animaux ?)

Au lieu d'un franc "toc-toc", j'effleurais du bout des doigts la porte. À croire qu'elle était en verre. Ma main frappa un faible coup. J'ignorais la raison de ce traitement de faveur envers la porte.

- Oui ? répondit Myriam dans la chambre.

Un grand courant d'air souleva mes mèches quand Myriam m'ouvrit.

- Ah, c'est toi Raphaël.

À son ton, j'aurais presque parié que ma venue lui déplaisait. Une pointe de déception me piqua.

- Euh, je peux venir ? m'enquis-je.

- Oui, oui, bien sûr.

Elle me prit le bras pour m'entraîner à l'intérieur. Un claquement sonore (Myriam ne prenait pas les mêmes précautions que moi avec la porte) m'indiqua que nous étions seuls.

Depuis plus d'un mois que je passais mes journées avec cette fille j'avais appris à détecter quand sa voix était à deux doigts de s'effondrer. C'était malheureusement le cas aujourd'hui. Je l'entendais encore dans sa dernière réplique.

Mes pieds heurtèrent un lourd objet au sol. Un gémissement plaintif m'échappa malgré moi. Les orteils c'est l'endroit le plus craignos, niveau douleur. Donc pour mon entrée de mec courageux et maître de lui-même, c'était raté.

- Pardon Raphaël, j'avais pas fait attention !

Sa voix s'était effondrée. Et elle comptait sur ma cécité pour me masquer son état d'esprit. Je la sentis se baisser et ramasser l'arme de ma douleur. Je voulus l'aider à porter sa charge et reconnus ...

- Ton clavier de piano ?!

Le petit instrument électrique avait été balancé sauvagement au sol. Pour que ce piano subisse les maltraitances de Myriam, c'est que celle-ci n'allait vraiment pas bien. L'odeur de ma propre peur fit frémir mes narines.

- Myriam, je ne suis pas débile, je vois que ça ne va pas.

Je n'aurais pas dû dire "voir". Je me sentais usurpateur d'une faculté que je n'avais pas (je sais, c'est absurde). J'avais cherché à prendre la voix d'un gars assuré, qui maîtrise. À mes oreilles, on entendait surtout la peur protectrice qui m'ébranlait.

- T'en fais pas, soupira-t-elle.

Ingénieux le soupir : on entend pas les larmes.

- Si, je m'en fais.

On critiquera mon éloquence après, pour l'instant un nouveau problème s'était imposé à moi, un problème que je n'avais pas la force de tenir seul. D'un coup, tombé comme une masse, il venait s'emparer de mon cerveau.

La nuit sans étoilesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant