Maman ne voulait rien savoir. Tous mes espoirs reposaient sur papa.
- On pourra très bien financer ici, s'il le faut, disait-il. Et si ta mère trouve ça trop cher, je ferai des heures sup, je lancerai une cagnotte, je...
C'était pas le Ernest Sérès que je connaissais avant, il était à présent animé d'une envie ...
- De rattraper toutes mes erreurs passées, je veux que tu sois heureux, Raphy.
Nous étions dans la forêt de St Val, là où j'avais rencontré Myriam pour la première fois. Les cigales chantaient férocement, au concours de celle qui ferait le plus de bruit. (Oui, oui, c'est un charme de chez nous, ça)
Si mon père avait pu sentir la vague, le tsunami de reconnaissance qui m'inondait intégralement !
Je ne disais rien : je me sentais ingrat.
Je lui répondais : j'avais l'air bête.- C'est pour elle, dit-il, que tu veux rester. Pour la fille, Myriam.
Un grand sourire étira mes lèvres. Papa comprit.
- Tu as de la chance, remarqua-t-il. Elle a l'air fantastique.
- Elle n'a pas que l'air, papa, elle l'est réellement...
Une douce chaleur m'envahit, faisant tressaillir même mes orteils.
J'entendis le rire de mon père. Le nuage de bonheur qui me couvait transforma mon sourire en hilarité.
J'aimais et j'étais aimé. Je crois que pour rien au monde je ne changerai cette situation. Même si on me re-proposait ma vue. Non, je n'y changerai rien.
Les épines de pin crissèrent sous les pieds d'un nouvel arrivant.
- Ernest, de quoi parlez vous ?
Papa eut un petit rire avec son nez.
- Notre fils découvre la gent féminine, répondit-il, amusé.
J'entendis la respiration de ma mère s'approcher.
- Raphy, c'est la petite Castel ?
Comment réfréner l'élan de fierté qui venait de s'inviter chez moi ?
- Ouaip.
J'avais le dos droit, la tête levée. C'était débile, mais bon... C'était moi, quoi.
Un sentiment inverse semblait animer ma chère mère. Elle poussa un soupir.
- Je suppose que Martha Sagne t'a averti.
- Que Myriam était quelqu'un qui méritait le plus d'affection du monde ? rétorquais-je, non, ça j'ai du le découvrir tout seul sans que Sagne me prévienne.
- Je ne parlais pas de ça, chéri...
Elle prit ma main avec un geste qui se voulait tendre. Je la degagai non sans émotion.
- C'est pas une fille, Raphy, c'est une meurtrière, c'est...
J'eus du mal à articuler tant la haine m'étouffait.
- Tu la critiqueras, Maman, quand tu auras vécu sa vie, quand tu sauras ce que c'est que la douleur, la tristesse et le mépris.
La violence de ses mots m'arrachait toute ma sensibilité, déchirait mon amour.
- Et voilà, elle t'a déjà manipulé.
- Aline, dit Papa, Raphaël sait réfléchir et voir quand on l'utilise.
Merci Papa, pensais-je, de ne pas me prendre pour un con.
- Raphy, coupa ma mère, on t'a élevé dix-sept ans. Elle, tu ne la connais que depuis un mois. Tu crois pas que je te connais mieux ?
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La nuit sans étoiles
Short StoryJ'étais peintre, avant qu'un accident ait l'ingénieuse idée de me rendre aveugle. Dans leur extrême bonté, mes parents m'on expédié dans ce fameux centre "pour les enfants à problèmes". Ma seule amie est folle. Médicament prouvé. (Un vraie tarée, v...