Chapitre Premier Présentation:

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Il faisait nuit noire, la lune ronde et blanche qui d'habitude ornait le ciel tel un astre protecteur avait disparu, laissant les cieux étrangement vides. Depuis longtemps, elle ne revenait plus chaques soir hanter la voûte sombre.
Les réverbères, seules sources de lumière dans l'obscurité, brillaient d'une lueur inquiétante, illuminant la rue sillonnée de maisons. Un chat noir était assis sur la clôture, sa queue se balançant légèrement de droite à gauche, seul mouvement qui dérangeait la nuit et qui venait perçer le calme apparent de la banlieue.
Une menace semblait pourtant planer sur la petite bourgade de Little Hawk.
Des pas résonnèrent soudain, le matou tourna la tête et lorsqu'il aperçut une silhouette avancer vers lui, il sauta de la clôture et s'enfuit, ses pattes effleurant à peine le sol. Sans abris depuis ce qui lui semblait une éternité, Keith se retrouvait encore une fois seul. Ce n'était pas la première nuit qu'il déambulait ainsi dans les rues, traînant des pieds et rongé de remords. Alors que le jeune homme de 19 ans était encore promis à un destin agréable et que sa vie semblait sereine et bien dirigée, il y avait peu sa vie avait basculé du tout au tout. Il avait été viré de son emploi, ne profitant donc d'aucune source de revenus, il avait alors commencé par mener une vie sans argent, recroquevillé sous les couvertures de son canapé attendant que les journées passent, remplacées par d'autres matins et après-midis qui s'avéraient toujours aussi barbants, puis il avait décidé d'enchaîner les petits boulots. Mais cette fois encore, il avait été licencié.
Keith ne parvenait pas à comprendre pourquoi, il avait toujours été honnête et travailleur, il avait beau être jeune, il possédait pourtant le sens des responsabilités. Il pensait à un coup du destin comme on voyait souvent dans ces films de science-fiction qui passaient le dimanche soir à la télé. Le jeune homme vit un porche allumé, une personne, une cigarette à la main, regardait distraitement le ciel sombre, avachie sur un fauteuil en rotin. La femme sirotait tranquillement une bière, perdue dans ses pensées. Lorsqu'elle aperçut le jeune homme rôdant dans le pâté de maison, elle se précipita chez elle claquant la porte, le bruit sourd résonnant durement dans la nuit, ne la rendant que plus inquiétante. Encore une fois, Keith était rejeté comme une vulgaire ordure, qu'on traitait sans ménagement.

Winona dormait debout. Il était minuit passé, le café miteux dans lequel elle travaillait était fermé depuis longtemps, mais elle nettoyait encore la crasse que les clients avaient laissée après être partis.
Tâches de café, repas tombé au sol et même des fois, elle trouvait des mégots de cigarettes sur les banquettes, alors qu'il était interdit de fumer, abîmant le cuir rouge des canapés qu'elle devait récurer jusqu'à l'aube. Cela ne la choquait même plus. Elle avait l'habitude de ces personnes irrespectueuses qui s'amusaient à lui laisser les pires déchets. Ce n'est rien aujourd'hui se dit-elle sombrement en réprimant toutefois des larmes de désespoir. Elle devait travailler pour nourrir sa mère et ses frères. Elle n'avait pas le choix. Sa mère avait un cancer, elle ne pouvait donc pas travailler. Elle restait allongée sur son lit du matin au soir, souffrante, avalant cachets sur cachets. Ses frères, Loïs et Ellie allaient encore à l'école, ils étaient jeunes, et leur sœur faisait de son mieux pour les faire se sentir aimés en leur apportant de temps à autre, quand elle n'avait pas trop de dépenses, des jouets ou des livres. Winona avait pourtant seulement 17 ans. Elle était jeune, belle et avait toutes les qualités du monde. Tous les garçons de son lycée se seraient bien vu dans ses bras, mais elle avait d'autres préoccupations. Elle devait se concentrer sur les études pour avoir un bon métier et des revenus suffisants pour pouvoir s'offrir un jour un médecin pour prodiguer à sa mère le traitement dont elle avait tant besoin.

April regardait les cieux au travers des carreaux de sa fenêtre, plongée dans ses pensées, accoudée à son bureau, elle réfléchissait. Il n'y a pas si longtemps, elle avait été embauchée dans un centre de météorologie extrêmement réputé dans la contrée de l'Illinois.
La jeune Française était heureuse, c'était la première fois de sa vie qu'elle pouvait allier métier et passion. Depuis petite, elle aimait regarder dans la lunette de son télescope et observer les astres jusqu'au matin. Son père, un homme d'affaires de renom, ne l'avait jamais encouragée dans ce qu'elle faisait et, enfant, elle se sentait assez seule. Dans sa jeunesse, elle n'avait aucun ami à qui se confier. Sa mère, Lidia était morte, emportée par une terrible tempête advenue le 8 mai 2091, dans l'Oklahoma alors qu'elle n'avait que 4 ans. La tornade dévastatrice avait tout ravagé sur son passage et elle et son père avaient eu la chance de survivre, ce qui n'était pas le cas de tout le village qui avait était complètement ravagé, avec un bilan de mortalité de quasiment 90%. Elle fouilla dans ses dossiers, album et vieux papiers et se mit à chercher quelque-chose. Lorsque finalement elle trouva l'antique photo, elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle était là, sa mère, ses longs cheveux blonds qui venaient tomber jusqu'à sa taille, ses yeux verts, semblant encore briller d'amour, et sa bouche, affichant un beau sourire décontracté et serein, sans se douter que ce serait la dernière fois qu'elle verrait le monde qu'elle aimait tant. Sa mère semblait rayonner. À cette époque-là, la lune
était encore présente, brillant toujours calmement dans le ciel, ne sachant pas que comme Lidia, elle disparaîtrait de manière inattendue. Les yeux bouffis, elle rangea soigneusement l'album et se remit à regarder les cieux, vides de toutes lumières.

Le Début De La Fin Où les histoires vivent. Découvrez maintenant