2015, octobre, samedi 17, 11h23.
Je penchais la tête du premier et même corps vers l'avant, un pauvre point marron se tenait là, la peau violette en périphérie, au centre d'une des faces latérales du cou. Il semblerait qu'il ait reçu une piqûre de je ne savais quelle substance. On l'a sûrement engourdi avant de lui fracasser la mâchoire... J'allai vérifier sur le second corps, lui soulevant ses longs et lourds cheveux ; la même trace était marquée dans sa chaire. Je soufflai par peur de trouver bien pire.
En relevant la tête du second corps j'entendis un cliquetis sur le sol, un peu plus loin aux côtés des verres d'écrans brisés. D'un roux terne et sanglant, la balle en cuivre se riait de moi aux pieds du cadavre. D'où est-ce qu'elle sort ? Je m'approchai d'elle la main tremblante et la récupérai en regardant autour de moi, comme si un autre expert allait sortir de nulle part pour me dire quoi faire.
- C'était quoi ce bruit ? demanda l'enquêteur alors qu'il était partit fouiller la salle pour retrouver l'arme du crime. T'as trouvé quelque chose ?
- Une balle, qui était juste là.
Je pointai le doigt vers le mort d'en face en tendant la balle à Jun. L'emplacement de son ex-canine avait attiré mon attention, elle était creusée, beaucoup trop pour une simple dent. La balle était enfoncée dans sa gencive. C'est barbare. Je regardai en détail chaque gencive afin de déceler une autre munition, d'abord sur ce corps, puis sur le second. Encore ? Au même emplacement que la première, un second trou décorait joliment la bouche du macchabée. Je n'aurai pas imaginé cinq minutes plus tôt qu'il s'agirait d'une fusion de deux corps étrangers. Je cherchai à mes pieds et trouvai, à pas plus de deux pas, une seconde balle. Je l'arrachai au sol et la tendis à mon coéquipier qui n'osait pas regarder plus bas que les lumières du plafond.
- Ça va Jun ? Tu peux sortir, suggérai-je en retenant mon rire derrière mon gant ensanglanté.
- Tais-toi, j'ai vu pire... mentit l'enquêteur toujours le regard en l'air. Je vais prévenir mes collègues, l'hôpital est dans le rouge et Sao Zo est en danger.
J'acquiesçai et défis la chemise du premier mort en me préoccupant d'abord de sa poitrine. En omettant ses poils souillés et la vieille cicatrice qui traversait l'entièreté de son buste, la couleur de sa peau n'avait rien d'anormal pour un sans vie. Je vérifiai ses bras, ses aisselles, et son ventre. Son pantalon ne présentait aucune déchirure, ses chaussures non plus. Alors que j'étais accroupie à ses pieds, mon estomac commença à se rétracter. Où est-ce qu'il a bien pu tirer...?
Je relevai la tête vers cette mâchoire pendante qui cachait le cou du mort, qui cachait cette partie que je n'avais pas encore vérifier. Là dessous ? Mes gants relevèrent le mandibule et rattrapèrent quelques dents rebelles au passage pour ramener les os à leur place et me permettre de visualiser le cou de la victime. Mes doigts faillirent lâcher. Caché par cette cascade de sang et par ce col de chemise mouillé, un noble Я arrachait la peau du macchabée pour relier ses points avec du fil noirci par l'oxygène de la pièce. Je commençai à réaliser, la coupure était si nette et si propre, comme si elle possédait des mains d'experts. C'est forcément un médecin... Mon cœur faillit lâcher lorsque ses tresses brunes m'apparurent en tête. Sao...?
Je secouai la tête et recherchai un impact de balle, sachant pertinemment que s'il devait y en avoir un il serrait caché par les points de sutures en forme de Я. Et comme prévu, je ne trouvais rien, pas même sur le second corps. Ils étaient des copies parfaites, ce même acharnement, ces mêmes balles, cette même marque sur leur cou.
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Les Précepteurs du Я - Âmes Sentinelles (Tome I)
Mystery / ThrillerAzur n'avait jamais été aussi belle. C'était dans son esprit qu'elle se matérialisait le mieux, au point d'en perdre la tête, de sombrer dans la folie. Depuis qu'elle était partit, depuis qu'elle l'avait laissé seul dans cet hôpital, il n'avait cess...