- 6 - Les Jardins

16 4 3
                                    


Une femme altière fit quelques pas à leur rencontre. La reine Orchidée avait la peau brune et ses cheveux noirs étaient coiffés en une multitude de tresses mêlées à des bandes de tissus colorés. Un diadème triangulaire serti de rubis ceignait son front. Elle leur sourit et ouvrit grand les bras.

— Je vous souhaite la bienvenue, Aubéennes et Aubéens, dit-elle dans leur langue. Nous sommes heureux que vous ayez répondu à notre appel de paix. J'espère que vous trouverez votre séjour ici à votre goût, ainsi bien sûr, que vos fiancés, les fleurons de mon royaume !

Elle fit un geste sur le côté et balaya l'espace de sa large manche pour dévoiler deux jeunes gens qui se tenaient en retrait. L'homme derrière eux, leur père à n'en pas douter, estimant qu'ils n'avançaient pas assez vite, les poussa fermement en avant d'une main sur l'épaule.

Et enfin, Jaspe posa les yeux sur sa fiancée.

Elle était aussi jolie que sur le portrait, quoique d'une façon différente qu'il peina à définir. Elle portait une robe violette qui frôlait le sol. Elle avait revêtu par-dessus un long caftan couleur safran, fendu sur le côté. Les mains sagement réunies devant son ventre, elle gardait les yeux baissés. Lorsqu'il s'approcha d'elle, elle plongea dans une profonde révérence.

— C'est un honneur de faire enfin votre connaissance, dit-elle d'une voix légèrement rauque.

Elle s'exprimait avec davantage d'accent que sa mère, mais Jaspe trouva cela charmant. Elle lui tendit la main, et il la saisit pour l'effleurer de ses lèvres.

— Tout l'honneur est pour moi, princesse Acacia, répondit-il en crépusculaire.

Lorsqu'il releva la tête vers son visage, il croisa son regard scrutateur qui le transperçait, bien moins timidement qu'il ne l'avait imaginé en la voyant les yeux baissés.

Embarrassé de cette intensité, Jaspe laissa son attention dériver sur le prince Saule. Il avait la même silhouette élancée que sa sœur, les mêmes cheveux noirs qu'il avait coiffés en une longue tresse. Il portait aussi les mêmes couleurs qu'elle, accentuant encore leur ressemblance. Un gilet ajusté couvert de broderies soulignait l'élégance de sa taille. Il s'inclinait devant Béryl et en se relevant, il surprit le regard de Jaspe et lui sourit.

Pendant ce premier contact entre les fiancés, la reine présenta les notables qui l'entouraient à la délégation aubéenne.

— Vous devez être fatigués de ce long voyage, conclut-elle. Nous allons vous faire conduire à vos nouveaux appartements où vous pourrez vous mettre à l'aise et vous rafraîchir. Un grand banquet sera donné à midi pour que nous puissions faire davantage connaissance.

Comme si elle n'attendait que ce signal, une armée de domestiques surgit alors. Une partie s'empara des bagages que les cochers descendaient des carrosses et des chariots tandis que l'autre s'attacha au service des visiteurs.

Jaspe se laissa guider à travers les couloirs du palais. Il découvrit avec émerveillement les grands espaces clairs et aérés qui le composaient. Le sol était couvert de mosaïques dont les tons variaient d'une pièce à l'autre. Ils longèrent des jardins intérieurs où des fontaines côtoyaient des bouquets d'arbustes et des massifs de fleurs. Enfin, le serviteur qui le conduisait s'arrêta devant une porte en bois ouvragée dans un long couloir.

— Voici vos appartements, Votre Altesse, dit-il en s'inclinant. Je reviendrais vous chercher pour le repas.

Par il ne savait quel mystère, ses affaires de voyage trônaient déjà au milieu de la pièce. Jaspe se rafraîchit les mains et le visage dans une cuvette d'eau qui sentait la rose. Puis il testa le divan couvert de coussins rebondis. Il n'eut qu'à tendre la main pour attraper un fruit orange dans une coupe sur la table basse devant lui. Il mordit dedans, les yeux brillants de plaisir anticipé. Et cracha aussitôt. Quelle horreur ! Il était affreusement dur et amer ! Il détailla le coupable d'un air soupçonneux. Était-ce l'aboutissement d'un plan complexe visant à son empoisonnement sitôt arrivé au royaume du Crépuscule ? Après inspection plus minutieuse, il découvrit que le reste du fruit, enfoui sous la peau, était délicieusement sucré et tout à fait comestible. Il décida alors que la seule chose qui mettait sa vie en danger, c'était sa méconnaissance de la région et de ses spécificités et mangea tout avec délectation. Ce qui l'obligea à se laver à nouveau les mains.

Conte de l'Aube et du CrépusculeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant