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Un ciel vidé de ses étoiles planait au-dessus de moi, ou peut-être bien sous mes pieds. Dans ce flottement incessant, un désir naissait en moi, celui de retrouver une stabilité au plus profond de ma psychologie comme au centre de mes énergies. Ma vue m'avait été enlevée. Il n'y avait aucun souffle de vent, si tant est qu'un vent pouvait exister dans ce monde imaginaire. C'était comme flotter dans l'espace, sans la moindre lumière à l'horizon, sans appui, sans la moindre distraction pour mes yeux.
Et je chutai. Cette sensation de mourir quand les organes de mon ventre remontaient jusqu'à ma poitrine ou bien ces balancements de bras et de jambes qui ne servaient à rien d'autre qu'à me paniquer encore plus. J'accélérai. Je ne voyais toujours pas ce qui m'entourait et pourtant, ma tête était persuadée que la fin était loin, très éloignée de mon corps en chute libre. Je voyais devant moi mon corps s'écraser tête la première sur un sol dur et rugueux. Ce sol m'aurait arraché le cou pour faire voltiger son autre moitié, puis aurait transporté mes membres disloqués au bord d'une rivière sèche avant de m'y jeter pour laisser pourrir mes organes au fond du précipice.
Je revins dans ce ciel vide, en position de flottement. Puis la chute reprit une nouvelle fois avec à sa fin, une surprise que je n'avais pu imaginer. Ma survie.
Mes mains trempaient dans un bain rougeâtre qui s'étendait jusqu'aux murs formant ma prison. L'humidité de la pièce donnait à mon corps une chaleur inimaginable, au point d'en suffoquer et de m'attraper gorge et poitrine pour vaincre cette malédiction. J'agrippai le bord d'une baignoire et fixai mon reflet dans une eau trouble. Ses yeux gris de terreur accompagnaient contre leur gré ses cheveux ébouriffés et ses lèvres gercées. Je n'y voyais qu'un monstre, souillé par le mal et sans volonté propre. J'ingurgitai ma salive.
Comme étourdi par ma chute, j'en avais oublié ce pourquoi j'étais ici. Une salle d'eau vide de toutes activités humaines et pourtant je me retrouvais là, au beau milieu d'une mare de sang, accoudé à une baignoire à quatre pieds en bois et d'un dossier de même composition. J'ajustai ma cravate au ressenti froid et doux, alors que ma main tenait son nœud et que mes yeux cherchaient à la retrouver, ma cravate disparue. Et elle emmena tout avec elle, jusqu'à me laisser complètement nu. Jusqu'au point où je devrais fermer les yeux pour ne pas me terrifier. Puis je les rouvris à cause de ce sentiment désagréable, cette boule initialement placée au fin fond de mon estomac et qui, sans me demander mon avis, remonta brutalement dans ma gorge, cherchant à s'échapper de ce corps pourtant déjà mort.
Mes jambes s'élevèrent jusqu'à l'évier, laissant à ma bouche le droit de s'y déposer. Des aliments que je n'avais jamais mangé s'éjectèrent à foison dans cette coupole déjà rouge, ils grattèrent ma langue et s'entrelaçèrent sur mes dents ; je voulais m'arracher la gorge, je voulais battre mon estomac. Un miroir apparu en face de moi, comme s'il me suppliait de l'embrasser lui aussi. Et puis vint le tour des larmes, ces quelques gouttes qui voulaient caresser ma peau mais qui au lieu de cela laissèrent d'énormes cicatrices se dessiner sur leur passage. Mes joues brûlèrent au point de laisser transparaître mes gencives à travers, je revenais à mon état d'origine.
- Al, mon amour... amusons-nous un peu.
Son visage diabolique apparu dans le miroir. Ses beaux yeux bleus et ses lèvres rosées, ses longs cheveux d'argents et ses mains gelées sur mon cou, tout ça me terrifiait. Je voulais qu'elle embrasse ma joue et qu'elle joue avec mes cheveux. Son toucher me tétanisait, la voir me donnait à nouveau l'envie de vomir. Elle m'enlaçait en déposant ses lèvres sur mon cou, laissant à sa main le droit de parcourir mon buste. Je gémis d'ambiguïté entre plaisir et douleur. Et je la regardai à nouveau, au moment où elle s'apprêtait à descendre sa main vers mon entre-jambe. Mon corps se crispa, je me voyais déjà ensanglanté au sol en léchant les entailles faites par ses propres ongles. Ses longs doigts auraient pu m'étouffer.
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Les Précepteurs du Я - Âmes Sentinelles (Tome I)
Misteri / ThrillerAzur n'avait jamais été aussi belle. C'était dans son esprit qu'elle se matérialisait le mieux, au point d'en perdre la tête, de sombrer dans la folie. Depuis qu'elle était partit, depuis qu'elle l'avait laissé seul dans cet hôpital, il n'avait cess...