Malgré les mois qui s'étaient écoulés depuis le retour de Malori et les annonces, la relation père-fille n'était pas meilleure ; tout au contraire, elle avait empiré. Sans pour autant aller dans la violence physique, les propos qu'ils s'échangeaient ne communiquaient pas la moindre cordialité.
Une fois, revenant sur un désaccord qui durait depuis des jours, Malori ne put s'empêcher d'abattre son poing contre le mur, y laissant un trou béant. Par la même occasion, elle lâcha un juron sous la douleur qu'elle venait de s'infliger.
Tout juste de rentrée du travail, Julia se trouvait dans l'entrée et se déchaussait. Inquiète par rapport au fracas qu'elle avait entendu, elle se précipita en direction du salon et découvrit la marque.
– Malori, tu vas bien ?
– Ouais, ne t'en fais pas.
– Mari, suis-moi.
– Tu sais que je déteste ce surnom !
– Et moi, je déteste que tu ne m'obéisses pas. Maintenant, va mettre des chaussures, nous allons à l'hôpital.
Peu ravie, elle exécuta l'ordre de son père. Seuls dans la voiture, l'ambiance entrait en compétition avec celle d'une chambre froide. Basile connaissait certains médecins et il en profita pour que sa fille passe plus vite, sans éprouver la moindre gêne envers les autres patients. Sans surprise pour lui, ils ressortirent moins de deux heures plus tard. En prime, la jeune femme avait gagné un magnifique plâtre.
– Tu n'oublieras pas de donner le certificat à ton professeur.
– Je suis assez grande pour me gérer seule. Je pense que ce n'est pas trop compliqué, mais bon Si tu n'as pas confiance en moi, libre à toi de me tenir la main et m'accompagner pour t'assurer que je fais correctement les choses. Tu peux par la même occasion, mettre un mot dans mon cahier de texte. Je te le donnerai quand on sera à la maison.
– Tu me désespères.
De retour en cours, Malori travaillait à la bibliothèque en compagnie de l'une de ses camarades.
– Ça n'a rien de logique tout ce merdier !
– Va expliquer ton point de vue au prof.
– Reconnais que c'est insensé.
– Pourquoi ?
– Il nous demande d'élaborer une stratégie selon les échecs, tout en respectant les règles de déplacement. Je veux bien, mais lorsqu'il y a un problème, on ne va pas chercher à le résoudre en suivant des consignes contraignantes. Le but consiste à ne pas perdre le roi. Dans ce cas, autant ne pas le placer sur le plateau.
– Ce que tu dis est juste cependant, comment comptes-tu achever une partie, si tu ne peux pas aller jusqu'à échec et mat ?
– Nous n'avons pas réfléchi de la même façon et si on regarde bien le plateau, il n'y a qu'un seul roi : le tien.
– Je pourrais très bien le retirer, tout comme toi.
– Je viens de te le dire, nous ne réfléchissons pas de la même façon. Imaginons que la situation se résume à celle que je te présente.
Malori enleva plusieurs pièces du camp adverse, se positionnant en état de supériorité numérique. Un sourire malicieux sur les lèvres, elle saisit son roi qui se trouvait à côté du plateau.
– Les effectifs de l'ennemi réduits, il ne me reste plus qu'à exploiter les atouts qui m'entourent et mettre mon adversaire à terre. Je gagne du terrain avec les pions, je renverse tes forces avec mes vassaux et je profite du trouble généré pour mettre fin au jeu avec l'arrivée de mon roi qui te bat.
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Déchéances T1
ParanormalAu beau milieu de son enfance, Malori se retrouva à vivre en compagnie de son père avec qui elle ne s'entend pas vraiment, engendrant bien souvent des conflits entre les deux. Désireuse de prendre son envol, elle mettra tout en œuvre pour s'échapper...