Chapitre 13 - Tumulte - partie 1

14 5 2
                                    

"Shae n'est pas ton vrai prénom, tu t'appelles en réalité Aria. Tu dois abandonner ce nom. Le garder te mettrait en danger, car tu es bien trop connue sous les mers, et il serait facile de faire le lien entre toi et la sixième fille d'Aonghas, censée avoir péri quelques semaines plus tôt. Et puis nous serons deux personnes différentes après tout. Alors voilà, je t'offre ce nouveau nom, cette nouvelle identité, c'est la tienne : Shae"

Journal de l'autre - Chapitre 1

*

— Tu as une mine affreuse, lança Zarin.

Shae grommela et s'écarta de la porte pour laisser entrer ses deux dames de compagnie dans la chambre. Bien sûr, elle devait avoir l'air d'une folle. Elle n'avait pas réussi à fermer l'œil de la nuit après la révélation d'Ishan. Une chose était certaine, elle ne pouvait se retrouver en présence du sorcier des mers. Elle avait une échéance maintenant : deux mois. Ce qui était à la fois long et terriblement court.

Dès qu'Ishan avait quitté la chambre, elle avait fouillé le moindre de ses recoins : elle avait ouvert tous les tiroirs, regardé derrière les meubles, sous le matelas, sous les tapis à la recherche d'une planche lâche. Rien. La boîte n'était pas ici. Où diable avait-il bien pu la mettre ? Tout allait de travers : pas de boîte, la venue prochaine de son ennemi juré et une salle de trésors inutile.

Car elle avait finalement pu s'y rendre dans cette pièce mystérieuse. Et ce n'était qu'un grand débarras rempli de tableaux, statues, d'instruments, de tapis, de tentures, de bijoux et d'autres babioles dont Shae ne connaissait même pas l'utilité. Elle était persuadée que si quelque chose d'important s'y était trouvé, il était à présent dans cette boîte. Elle avait tout de même inspecté la pièce avec minutie, à la recherche de quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un disque, sans succès. La veille, elle n'avait même pas pu poser de questions à Ishan, trop abasourdie par son annonce.

Pooja courut jusqu'au balcon et posa ses mains sur la rambarde de marbre, les yeux brillants.

— Cette chambre est incroyable ! Regardez-moi cette vue ! On aperçoit même la mer !

Shae la regarda avec un air d'envie sur le visage, elle aussi aurait aimé pouvoir contempler l'horizon avec insouciance.

— Je n'ai pas bien dormi, dit-elle finalement en réponse à Zarin.

La femme du désert leva un sourcil et eut un sourire en coin, son regard se posant sur le lit.

— J'imagine...

Shae ne la contredit pas. Tant mieux. Qu'elle croie qu'Ishan et elle passaient leurs nuits enlacés dans les draps. À cette pensée, son esprit fatigué engendra plusieurs images qui lui firent monter le rouge aux joues. Elle détourna son regard du lit.

— Tu es prête à partir ? reprit Zarin. Je n'ai rien mangé de la journée et Pooja ne cesse de me parler d'un certain étal au marché qui vend des dosas.

Shae soupira et opina. Falak avait demandé à Zarin et Pooja de se rendre chez un marchand de tissu pour ramener des échantillons de diverses tentures qui orneraient les murs de la nouvelle salle de bal. Shae avait prétexté qu'une paire de mains supplémentaires ne serait pas de trop, un argument qui lui permettait de sortir du palais et d'observer l'engouement qu'avait eu son mariage. L'ondine s'empara du voile qu'elle avait porté lors de son mariage et se couvrit le visage. La femme du désert la dévisagea mais n'émit aucun commentaire.

— Pooja, tu viens ? l'interpella Zarin.

La jeune femme sursauta, les yeux perdus dans l'horizon, puis elle les rejoignit avec empressement et toutes trois quittèrent les murs du palais.

Écume d'étéOù les histoires vivent. Découvrez maintenant