Malgré le peu de temps qui s'était écoulé depuis leurs retrouvailles, mère et fille avaient réussi à se rapprocher rapidement. Aucun doute, quant au lien qui les reliait.
Pour son premier jour de vacances, Malori avait décidé de s'offrir une petite escapade toute seule. Dans la voiture, musique à fond, lunettes de soleil sur le nez et chant mélodieux de la conductrice, qui hachait les paroles, mais à quoi bon ? Aucun public ne l'écoutait et ce ne sont pas les quelques automobilistes qui la doublaient, qui allaient lui dire quoi que ce soit, bien trop préoccupées à bombarder sur le bitume.
Au programme : glandouillage et détente loin de la population envahissante. Au fil des minutes et contrairement à ce qu'elle avait pensé, de nombreux promeneurs croisaient son chemin. Malori trouvait ça étrange. Le soleil était caché par des nuages épais et il avait été annoncé à la météo qu'il pleuvrait. Flemme de réfléchir, se dit-elle. Ses pas dévièrent du sentier tracé, s'enfonçant dans la forêt qu'il bordait.
Presque immédiatement, l'atmosphère changea ; comme si le fait de vagabonder entre les arbres l'avait emmenée dans un lieu différent. Soucieux de leur bien-être, les oiseaux piaillaient à l'unisson, telle une chorale.
Cette journée seule, laissait le temps à Malo de trier les informations et les assembler afin de créer un film cohérent dans sa tête. Sa réflexion clôturée, il fallait désormais passer à la suite. Un bloc de feuilles en plus d'un crayon taillé et la dessinatrice fit glisser la mine sur le papier, formant des courbes et des traits.
La luminosité s'affaiblissant avec le coucher imminent, Malori admira son chef-d'œuvre avec une grimace à moitié dégoûtée, à moitié fière de son travail. Certes, son « talent » en dessin se trouvait encore plus bas que les racines des pâquerettes, mais il fallait reconnaître que son bonhomme bâton, ses oiseaux en forme de « V » et ses arbres qui donnaient l'air d'avoir une perruque à la place de leur feuillage, exprimaient une certaine maîtrise de... de rien du tout, en fait.
– C'est moche, mais je suis contente.
Le vent se leva et les feuilles s'agitaient. La pluie ne tarda pas à arriver, tombant d'abord lentement avant de laisser un torrent s'abattre. Ses affaires ramassées et rangées à la va-vite, l'artiste parcourut le chemin du retour détalant tel un lapin pris en chasse.
De retour à son véhicule, elle retira sa veste et utilisa la partie épargnée par l'eau, pour s'essuyer au maximum. Le moteur mis en route, Malori quitta ce lieu. Lancée sur la voie rapide et sachant qu'il lui restait deux bonnes heures avant de rentrer, la décision de faire une halte à une aire de repos ne semblait pas malvenue.
Un sandwich dans une main et une bouteille dans la seconde, la jeune femme s'installa tranquillement. Sans grand intérêt, elle suivait les informations que diffusait l'écran.
Ces derniers jours, une hausse avait été enregistrée concernant les tremblements de terre. Malgré leur faible impact, du premier au plus récent, une légère augmentation de l'intensité avait été constatée. Ce soir, le journaliste accompagné de plusieurs spécialistes annonçait que la situation provenait d'un cycle naturel et que tout allait s'arrêter d'ici peu. À la suite de cette partie, le présentateur enchaîna.
Une vidéo publiée sur un réseau social il y a plusieurs mois arriva au sommet de la liste des polémiques. Des personnes ont commencé à en parler et depuis, ça ne s'arrêtait pas.
La caméra placée sur sa tête, on suivait l'aventure sous-marine d'un plongeur. En pleine excursion, il se retrouva pris dans un banc de poissons. La colonie passée, il se tourna dans tous les sens pour essayer de comprendre ce qu'il venait de se passer.
Aucun prédateur ne se trouvait dans les parages et aucun pêcheur n'avait jeté de filet dans cette zone. Subitement, plus aucun bruit se fit entendre ; comme si toute vie n'existait plus. Téméraire, le plongeur nagea dans la direction opposée à celle des poissons. Comme une machine reprenant vie à la suite d'une coupure de courant, une gigantesque onde de choc propulsa l'homme à quelques mètres de là où il se trouvait.
Visiblement, ce soir était le soir où les professionnels se faisaient inviter. Pour expliquer ce qui venait d'être visionné, un scientifique déballa un ensemble de mots propres à sa profession. Aux yeux des auditeurs, ça pouvait sembler sensé et crédible, mais à ceux de Malori, c'était d'un ennui et d'un argumentaire infondé, propice aux débats sans aucun intérêt.
Épuisée à la fois mentalement et physiquement, Malori ne s'éternisa pas plus. Arrivée, elle laissa la voiture dehors, ne prenant pas la peine de la rentrer dans le garage.
– Où étais-tu passée ? Tu ne nous as pas dit que tu partais.
– Maintenant, tu le sais. Bonne nuit.
– Tu m'épuises.
– Alors va te coucher aussi.
– Tu as trainé où ?
– Je me suis baladée loin d'ici pour être tranquille.
– Tu n'as pas eu de problème ?
– Aucun. J'étais censée en avoir ?
– Non. Je m'assurais simplement que tout s'est bien passé.
Contrairement aux annonces faites, la situation ne s'améliorait pas, au contraire. L'intensité des tremblements avait doublé et atteignait un niveau de 7.
Plus rien n'allait et la panique quant à elle, avait gagné une grande partie de la population du territoire. Malgré tous les efforts mis en œuvre et les professionnels en constante recherche, rien n'y faisait. Personne n'arrivait à comprendre d'où pouvait provenir un changement si soudain. Les réponses les plus basiques ont été posées sur la table, mais en poussant la réflexion, rien n'y faisait. Chaque hypothèse se retrouvait écartée en un rien de temps.
Géologues, météorologues, sismologues... Tous ont rejoint la partie, mais aucun n'éclaircissait la situation. La population a elle aussi entamé des recherches et pour les plus « fous », des théories étaient lancées, créant une certaine hystérie chez certains et une plus grosse panique chez d'autres. Profitant qu'elles soient seules, Julia questionna sa belle-fille.
– Que penses-tu de la situation ?
– Rien n'a de sens. Tout le monde dit tout et son contraire. Qui croire et qui ignorer ? On ne peut pas se fier aux spécialistes. Ils sont les premiers à se contredire.
– J'aime ta façon de voir les choses.
– Tu vas trouver ça bizarre, mais j'ai l'impression que tu en sais plus qu'il y paraît.
D'un haussement d'épaules, Julia affirma que c'était possible.
– Tu n'as pas le droit d'en dévoiler le plus infime des morceaux, je présume.
–En plein dans le mille.
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Déchéances T1
ParanormalAu beau milieu de son enfance, Malori se retrouva à vivre en compagnie de son père avec qui elle ne s'entend pas vraiment, engendrant bien souvent des conflits entre les deux. Désireuse de prendre son envol, elle mettra tout en œuvre pour s'échapper...