2015, octobre, mercredi 21, 18h29.
L'autopsie de la fausse Jeannette Leman n'avait mené qu'au même diagnostic que posé plus tôt : une overdose d'opioïdes. Son verre avait été rempli d'environ six millilitre de morphine liquide, accompagné de dix bons centilitre de vodka. En considérant son âge, son poids et sa taille, sa mort était inévitable dans le cas où personne n'était avec elle.
Quant à la graphie de sa lettre, il était évident que c'était bien sa main qui l'avait rédigée, ce qui semblait confirmer la thèse du suicide. Mais si elle avait prévu cela, pourquoi l'avoir fait maintenant ? D'autant plus que la probabilité qu'elle n'ait pas agi seule semblait de 90 %. Peut-être cherchait-elle à détourner les soupçons de son complice ? Jun avait beau raconter ce qu'il voulait, il n'avait aucune idée de qui ça pouvait être. Son corps qui faisait les milles pas dans la salle en était bien la preuve, il se murmurait à lui-même des hypothèses et des injures en attendant d'avoir une révélation qui pourrait l'éclairer dans son énigme.
Il s'était incrusté dans mon bureau et sortait à chaque fois qu'un patient venait me voir avant de re-rentrer à la fin de chaque rendez-vous. Cela faisait plus d'une heure qu'il ne m'avait pas adressé la parole, mais son agitation ne cessait de m'angoisser. Le bruit de ses lourds pas résonnant sur le sol, et chaque fois qu'il parlait, la salive semblait danser dans sa bouche. Son téléphone vibrait sans arrêt toutes les cinq minutes, ce qui ne faisait qu'aggraver mon malaise. C'était comme si chaque bruit, chaque mouvement, me poussait un peu plus vers la folie.
Il se mit à gribouiller une série de mots sur son carnet, grognant entre chaque geste. Il écrivait, s'arrêta, puis recommença, comme si la page refusait de se remplir correctement. Au bout de quelques minutes, il lança un amas de feuilles sur mon bureau avec une violence à peine contenue. Ses yeux noirs se posèrent enfin sur moi, mais ce regard n'avait rien de chaleureux, rien de doux. « Lis. » L'ordre résonna, glacé. Je baissai donc les yeux sur ses écrits, à peine lisibles, et laissai échapper un soupir lorsque j'aperçus la longueur du paragraphe.
« Pourquoi Jeannette Leman avait-t-elle de faux papiers d'identité ? ; Pourquoi ne trouve-t-on rien sur Iryna Belova ? Melvyn Blom a-t-il menti ou était-ce également une fausse identité ? ; Pourquoi aurait-elle kidnappé Sao Zo par jalousie sachant qu'elle détestait Melvyn Blom ? ; Pourquoi le sang trouvé sur le carnet et dans la chambre 960 ne correspond à personne du troisième étage sachant que personne d'autre n'a pu y monter ? ; Quel était le lien entre Jeannette Leman et Shams Moore pour ne pas le tuer aussi ? Et pourquoi avoir tué Alastor Brown ? Était-il complice ? ; Les armes ont-elles été placé dans la chambre d'Alastor Brown et dans le bureau de Shams Moore aléatoirement ou était-ce scrupuleusement préparé ? ; Pourquoi Jeannette Leman aurait-elle jeté un violon comportant des indices ? Et à la base même, pourquoi avoir utilisé un violon en plein hôpital ? ; Pourquoi Jeannette Leman s'est-elle embêtée à placer balles et douilles dans le corps de ses victimes si son objectif était d'enlever Sao Zo ? Et à quoi correspond le Я positionné sur les corps et à la fin de sa lettre ? »
Je relevai les yeux vers Jun, une pointe d'hésitation m'envahissant. Il ne s'attend pas sérieusement à ce que je puisse répondre à toutes ces questions, si ? Il avait croisé les bras, attendant probablement une réponse qui, dans ma tête, n'arrivait pas. Les mots me fuyaient, et ce n'était pas faute d'essayer. J'étais loin d'être un génie, incapable de répondre à quoi que ce soit de ce qu'il attendait. À la place, je m'égarai, laissant mes pensées dériver jusqu'à Atlas, qui était sans doute plus à même de répondre à ses interrogations. Je tournai alors mon regard vers les fenêtres. Là, sur un siège inconfortable à mes yeux, un gamin aux boucles d'or dormait paisiblement. Un sourire involontaire se dessina sur mon visage, ce moment rare de tranquillité me réconfortant un instant.
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Les Précepteurs du Я - Âmes Sentinelles (Tome I)
Mistério / SuspenseAzur n'avait jamais été aussi belle. C'était dans son esprit qu'elle se matérialisait le mieux, au point d'en perdre la tête, de sombrer dans la folie. Depuis qu'elle était partit, depuis qu'elle l'avait laissé seul dans cet hôpital, il n'avait cess...