Un rayon de lumière

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Le ciel était d'un gris plombé, menaçant de déverser une pluie diluvienne à tout moment. Le paysage, désolé et ravagé, offrait un contraste saisissant avec les souvenirs de Meïli de cette ville autrefois florissante. Les rues, autrefois animées par les rires et les bavardages des passants, étaient maintenant jonchées de débris, et les bâtiments effondrés témoignaient des batailles passées. Les fenêtres béantes et les murs noircis par les flammes semblaient crier la douleur de ce lieu. Cette ville, naguère symbole de vie et de prospérité, n'était plus que l'ombre d'elle-même, une victime silencieuse d'une guerre dévastatrice.

Pourtant, même au milieu de ce désastre, Meïli avançait, un pas après l'autre, refusant de se laisser submerger par la désolation qui l'entourait. La veille, elle avait trouvé refuge dans un ancien entrepôt, ses murs de béton offrant une protection relative contre les intempéries et les dangers nocturnes. À l'intérieur, l'air était lourd de poussière et de moisissure, mais c'était un abri sûr. Elle avait partagé l'espace avec d'autres réfugiés, chacun apportant son lot d'histoires et de peines. Parmi eux, un vieil homme nommé Elias semblait particulièrement accablé par la perte de sa famille. Ses yeux, profondément enfoncés dans leurs orbites, trahissaient des nuits sans sommeil et une douleur constante. Malgré cela, il prenait soin des plus jeunes, leur racontant des histoires d'un temps où la paix régnait encore, ses mots résonnant comme des échos d'un passé lointain.

Ce matin-là, Meïli avait quitté l'entrepôt avant l'aube, déterminée à trouver des provisions. Elle savait que la survie dépendait de sa capacité à se déplacer rapidement et à rester discrète. Le marché noir, autrefois lieu de commerce florissant, n'était plus que l'ombre de lui-même. Les étals étaient pour la plupart vides, et les quelques denrées disponibles se négociaient à des prix exorbitants. Les visages des marchands étaient creusés par la faim et la méfiance, leurs yeux scrutant chaque mouvement avec suspicion.

Alors qu'elle se faufilait dans les ruelles étroites, Meïli entendit un cri étouffé provenant d'une maison en ruine. La curiosité mêlée à une inquiétude sincère la poussa à s'approcher. Les portes de la maison étaient à moitié arrachées, laissant entrevoir l'intérieur sombre et délabré. Meïli hésita un instant, les muscles tendus, avant de se glisser à l'intérieur. Derrière une porte à moitié arrachée, elle découvrit une jeune fille, probablement âgée de dix ans, accroupie dans un coin sombre. Ses vêtements étaient en lambeaux, et ses joues étaient creusées par la faim. Ses yeux, grands et effrayés, cherchaient désespérément de l'aide.

"Qui est là?" demanda Meïli d'une voix dure, sur ses gardes. Sa main serrait fermement le manche de son couteau, prête à se défendre si nécessaire.

La jeune fille sursauta et se recroquevilla davantage. "Je m'appelle Lina. Je suis perdue. Ma famille… je ne sais pas où ils sont," murmura-t-elle, les larmes coulant sur ses joues sales.

Meïli observa la fillette avec méfiance, son instinct de survie la poussant à se demander si c'était un piège. Les yeux de Lina brillaient de terreur et d'espoir mêlés, un mélange que Meïli connaissait bien. "Viens," dit-elle finalement, son ton froid et distant. "Mais ne t'attends pas à de la sympathie. Je n'ai pas de temps pour les larmes."

Lina hocha timidement la tête et suivit Meïli hors de la maison en ruine. Elles marchèrent en silence, Meïli tenant fermement la main de Lina, mais sans la moindre chaleur. Tandis qu'elles progressaient, Meïli ne pouvait s'empêcher de penser à sa propre famille, dispersée par la guerre. Elle se souvenait des rires de sa sœur et des histoires de son père, maintenant réduits à des échos lointains. Mais elle repoussa ces pensées sombres, concentrée sur l'instant présent et la sécurité de Lina.

Leur marche les conduisit à un petit campement improvisé, où quelques âmes courageuses tentaient de recréer une semblance de communauté. Des tentes de fortune et des abris faits de bâches et de cartons étaient disséminés dans un espace autrefois réservé aux festivités. Meïli y reconnut quelques visages familiers et fut accueillie avec des regards empreints de fatigue mais aussi d'espoir. Parmi eux, Elias s'approcha, un sourire triste mais sincère aux lèvres.

"Tu as trouvé un autre membre de notre famille," dit-il en regardant Lina avec tendresse. "Nous veillerons sur elle, comme sur tous les autres."

Meïli hocha la tête, mais son expression restait impassible. "Elle a besoin de nourriture et de repos," dit-elle simplement. Ses mots étaient directs, presque brusques, mais c'était sa manière de cacher la peur et la douleur qui la rongeaient.

"Nous nous en occuperons," répondit Elias doucement. Il posa une main réconfortante sur l'épaule de Lina, qui esquissa un faible sourire.

La nuit tomba, enveloppant le campement d'une obscurité presque totale. Les rares feux de camp projetaient des ombres vacillantes sur les visages épuisés des réfugiés. Mais à travers les ténèbres, des murmures d'espoir et des gestes de solidarité émergeaient, rappelant à chacun qu'il restait encore une lueur de lumière à saisir. Meïli regarda le ciel étoilé, ses pensées tourbillonnant. Elle se fit une promesse silencieuse : tant qu'il resterait une étincelle d'humanité, elle continuerait de lutter pour un avenir meilleur. Cependant, elle savait que la méfiance et la prudence seraient ses seules alliées dans ce monde brisé.

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⏰ Dernière mise à jour : May 25, 2024 ⏰

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