2015, octobre, jeudi 22, 20h57.
Mes pieds étaient glacés sous la couverture, malgré les pantoufles que ma mère avait faites de ses mains. Elles ne suffisaient pas à me réchauffer. Je me retournai sans cesse, dans une danse de frustrations, incapable de trouver du réconfort. J'avais besoin de réponses. Je frappai doucement l'être près de moi, espérant qu'il réagirait, mais il ne bougea pas, ce qui m'incita à insister. Ses cheveux finirent par me fouetter le visage lorsqu'il se retourna vers moi, il me regardait les sourcils froncés, prêt à en découdre si jamais je l'avais réveillé pour rien, même si au fond de moi, j'étais persuadé qu'il ne dormait pas.
— C'est vraiment Shams ?
— Al, on en a déjà parlé tout à l'heure, tu penses vraiment qu'il serait capable de faire tout ce qu'il s'est passé ? Ça ne te semble pas insensé ?
— Si, bien sûr... mais il n'a rien dit pour se défendre, le silence sert bien à se dénoncer non ? Je ne veux pas croire qu'il soit coupable, mais pourquoi n'avoir même pas essayer de s'innocenter...?
— Si on t'accusait de quatre meurtres et d'un enlèvement, tu saurais trouver les mots pour t'innocenter ? De mon point de vue, seul le coupable y arriverait.
Je sentais le sentiment de culpabilité monter en moi. L'avoir accusé de tous ces crimes. Évidemment que ça ne pouvait pas être Shams, même si tout portait à croire que c'était lui. Il n'aurait jamais pu faire ça, pas avec un cœur aussi bon que le sien. Mais à part lui, qui d'autre ? Pourquoi la pire des solutions était la seule possible ? Son innocence n'était absolument pas déclarable par des preuves, seuls nos sentiments laissaient à croire que ce n'était pas lui. Dans les faits, il était coupable, et ce, jusqu'à preuve du contraire.
— Tu ferais quoi, si c'était vraiment lui ?
Ses yeux bleus, à peine discernable en raison de la pénombre, semblaient au bord des larmes. Sa réponse était le silence. Comme lui. Que pouvait-il bien répondre après tout ? Que pouvait-il bien faire ? Ma question n'avait de but, elle ne possédait aucune issue.
— Je n'ai jamais compris pourquoi il m'avait choisi comme voisin de classe en maternelle, pourquoi il avait choisi le petit garçon qui ne parlait à personne, celui qui avait trop honte de se tromper en comptant devant les autres au point d'en pleurer. Je n'ai jamais compris mais je lui en suis reconnaissant, je n'aurai jamais si bien vécu sans lui.
Amaël se retourna, ne laissant à ma vue qu'un simple dos. Lorsqu'il était sur le point de pleurer il me montrait son dos, son égo ne pouvait supporter de me montrer son visage larmoyant. Et pourtant je l'avais vu des dizaines et des dizaines de fois, il avait beau le cacher il finissait toujours par me le montrer, totalement dénudé.
— Al... slaap, alsjeblieft.
Il me laissait seul dans la conversation, ne m'ordonnant qu'un seul ordre, je devais dormir. Je devais dormir certes mais je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas échapper à ces multitudes de pensées et à cet acharnement contre mes souvenirs et mes sentiments pour essayer de me convertir du mauvais côté. J'étais incapable de me libérer, d'empêcher cette tragédie. Les pièces du puzzle s'étaient brillamment assemblées en me laissant seul au milieu, devant lui, le regardant sans pouvoir déplacer la moindre pièce.
Mon corps se redressa, laissant à mes yeux l'opportunité d'admirer la lune et ses milliers d'astres qui décoraient ce ciel infini. Je m'y perdais comme je m'y étais perdu des dizaines de fois, lorsque je priais pour effacer mes mauvaises pensées ou bien juste quand mon père me déchiffrait les constellations à l'aide de son télescope. Mais cette fois-ci, sans aucune étoile pour soutenir mes larmes, je le regardais en pleurant ma colère et mes doutes.

VOUS LISEZ
Les Précepteurs du Я - Âmes Sentinelles (Tome I)
Mystery / ThrillerAzur n'avait jamais été aussi belle. C'était dans son esprit qu'elle se matérialisait le mieux, au point d'en perdre la tête, de sombrer dans la folie. Depuis qu'elle était partit, depuis qu'elle l'avait laissé seul dans cet hôpital, il n'avait cess...