Epilogue - ma résilience

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2016, juillet, dimanche 03, 10h07.


     — D'ailleurs mon ange, je t'ai ramené des œillets blancs, j'espère que tu les aimes toujours autant.

     Mes doigts passaient et repassaient sous ce petit amas de terre, entassant les racines près des multiples minéraux qui s'aggloméraient là dessous. Les pétales décoraient le mur de pierre, en parfaite résonance avec ses cheveux ; elles étaient douces, elles sentaient bons. J'ajoutai à cette terre une quantité généreuse d'eau pour lui permettre de s'enraciner correctement, pour lui permettre de supporter la chaleur environnante. Un sourire se dessina sur mon visage.

     — Heureusement que je m'occupe des fleurs à la maison...

     J'essuyai mon front d'un revers de manche et soufflai contre les mauvaises herbes accumulées sur son nouveau lit. La pierre grise, sous l'effet des rayons du soleil, brillait sur ma peau, telle un miroir, tandis que le ciel d'azur faisait scintiller ses cristaux, leur donnant un éclat presque translucide. Malgré ma peine face à elle, je devais bien avouer qu'elle était magnifique.

     Le vent soufflait si fort qu'il faisait danser les arbres, emportant les mèches de ses cheveux. Dans ce cadre de bois, elle semblait être là, à mes côtés, se fondant dans mon monde. Elle me fixait, fière, les épaules droites, la poitrine relevée. Ses yeux d'un bleu cristallin cherchaient en moi ce qu'elle n'avait pas encore pu saisir. J'étais son passé, son présent et son avenir. Elle existait à travers moi, tout comme moi à travers elle. Nous étions deux âmes synchronisées, liées par un même destin, une même vision du futur.

     — Docteur, Docteur ! Je suis rentré !

     Alors que le vent avait tourné vers l'ouest, le souvenir d'un enfant me vint en tête. Il avait quitté le foyer quand la loi le lui avait autorisé, son sourire et ses mots pleins de promesses continuant de résonner dans ma tête. Cette voix empreinte de sarcasme, ses boucles dorées et ses grains de beauté innombrables. C'était difficile à admettre, mais tout cela m'avait manqué, ce gamin m'avait manqué. J'ai failli attendre.

     — Bonjour Docteur ! s'exclama-t-il en m'ébouriffant les cheveux, me rappelant les habitudes d'un autre.

     — Bonjour Atlas.

     — Qu'est-ce que vous faîtes ? Oh, pardonnez-moi ! s'esclaffa-t-il en se mettant les mains aux lèvres. Bien le bonjour Madame Anderson, vous êtes ravissante, comme d'habitude ! Docteur, Docteur, Monsieur Kim part-il vraiment aujourd'hui ?!

     — Oui, il part à onze heures. Tu voudras venir ?

     — Quelle question ! Bien évidemment ! Oh d'ailleurs, qu'en pensez-vous Docteur ? Seront-elles à son goût ?

     Boucles d'or tenait dans ses mains un bouquet d'au moins trente centimètres de diamètre, un assemblage de roses, de lys, d'orchidées, d'amarante et bien d'autres fleurs encore. C'était un véritable kaléidoscope de couleurs, un mélange de cultures qui faisait écho à l'arc-en-ciel. Je laissai mon regard osciller entre ses fleurs et ses yeux, le faisant plusieurs fois de suite. Son sourire trahissait l'excitation qu'il ressentait, comme s'il attendait impatiemment mon avis sur le bouquet qu'il me tendait.

     — Avec toutes ces variétés je pense qu'elle trouvera son bonheur.

     — N'est-ce pas ? Je pense aussi, répondit-il fièrement en rapprochant les fleurs de son nez. Misère ! s'exclama-t-il presque simultanément. Qu'elles sont ces fleurs-ci ?! Je n'en ai pas dans mon bouquet !

Les Précepteurs du Я - Âmes Sentinelles (Tome I)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant