Cela faisait plus de 3 heures que nous avancions dans les contrées profondes du royaume de Pandragon. Je connaissais tout, les moindres recoins. L'avantage d'être le fils d'un des généraux du Roi est d'avoir toujours vécu à la militaire et d'avoir toujours voyagé.
J'aperçois au loin la carrière d'Olimpre, c'est là où j'apprenais à chasser pour la première fois avec mon père, à même pas 13 ans. À cette époque déjà, Rose me regardait de loin avec ses amies. Je voulais toujours jouer au plus fort et battre les autres enfants pour me prouver quelque chose à moi-même, rendre fier mon père, mais surtout, je pense, à cause d'elle. Son regard n'a pas changé, toujours le même. Un regard profond amplifié par le bleu clair de ses yeux. Je ne savais jamais si elle m'admirait, me convoitait ou bien me trouvait étrange.Je fus soudainement extirpé de mes pensées quand je vis une liane tendue entre deux arbres droit devant nous. Je fit signe de la main de stopper notre avancée et descendis de mon cheval. Je sortis l'épée de mon fourreau et avançai lentement. Tous mes sens étaient aux aguets. D'un coup sec, je sectionai la corde avant de recevoir un grand choc à la tête. Je m'effondrai alors au sol sur le coup et ne vis plus rien d'autre que le sol enneigé. Je revis mon enfance défiler à ce moment. Ma relation difficile avec mon père, les jeux avec mes amis, la classe que je faisais avec amusement à Rose. Rose, son nom n'arrêtait pas de revenir dans ma tête. J'arrivai à sentir son parfum, des odeurs de roses, de cannelle et de citron. Mais pourquoi pensais-je à ça.
Je réouvre les yeux et regarde autour de moi. Mes oreilles se remirent à fonctionner comme par magie et là j'entends. J'entends les cris, les bruits cinglants des épées se frottant entre elles. Je regarde alors vers mon cheval, mort, gisant au sol. Mes camarades se battant jusqu'à la mort, mais à première vue en infériorité numérique. Je me lève alors, reprend mon épée tout en titubant, et cherche Rose du regard. J'esquive un coup d'épée et réplique rapidement en tuant un homme. J'aperçois Rose, au sol avec une ordure, se jetant sur elle. Je cours et le plaque au sol, laissant tomber mon épée par la même occasion. Je savais qu'avec les sentiments que j'ai pour elle, j'allais perdre mes moyens. Merde alors. Mon épée ! C'est pourtant la base. Je me mets sur lui et essaie de l'étrangler. Je maintiens la pression un certain temps, mais le coriace résiste. Après une lutte acharnée, j'emporte la victoire, saisit mon épée et prend la main de Rose.
– Et les autres ? N'allons-nous pas les abandonner quand même ?
Princesse, je ne peux rien pour eux, et ma mission est de vous sauver, alors les états d'âmes seront plus tard. Princesse ? Mais qu'est-ce qui m'a pris ! Je la tire par le bras et l'attire dans la forêt enneigée et lui fais signe de ne pas s'arrêter.
Après une course effrénée, nous nous arrêterons derrière une crevasse menant à une petite grotte. Nous décidons d'y entrer. Alors que Rose s'assoit tremblant en se rongeant les ongles comme à son habitude dès qu'elle stresse, je fais les cent pas à l'entrée de la grotte. Pourquoi. Comment. Si proche de la cité, nous nous faisons attaquer. Et ce n'était pas de pauvres pillards. Non, ces hommes savaient se battre comme de vrais soldats. Et pourquoi cet homme n'a pas tué Rose, il aurait pu le faire si rapidement. Il devait la vouloir vivante, mais pourquoi, et pour qui...
– Qu'allons-nous faire, nous allons mourir, dit-elle froidement.
– Non, tant que je suis en vie, je me battrai jusqu'à mon dernier souffle pour toi. Je me rends compte assez vite que je l'ai tutoyé et la vois rougir un peu.
Je cherche désespérément dans ma tunique la carte. Carte des lieux pour pouvoir savoir où nous sommes. Quand je la trouve enfin, j'essaie de lire, mais dans l'obscurité, je n'y arrive guère et sortir pour mieux voir serait risquer de compromettre notre endroit. Je préfère alors m'avancer vers Rose et m'assoir à ses côtés.
– Nous ne sommes assurément pas loin du château, des gardes de votre père seront bientôt alertés de la situation et seront à votre recherche, nous n'avons qu'à attendre demain à l'aube pour voir ce qu'il en est. je dis en essayant de relativiser.
Je la regarde intensément et un frisson me parcourt. Je l'aime ? Cette idée ne m'était pas passée par la tête depuis mes 16 ans, quand nous avions dû danser ensemble pour un gala, et nous étions échappés en douce dans nos appartements en rigolant chaleureusement. Nous nous étions embrassés, mais nous étions promis d'oublier ce moment pour le bien de nos familles. Un amour impossible, m'avait-elle dit. Je l'avais toujours aimé, il faut croire, années après années, sans rien dire, sans rien laisser paraître.
– Tu te souviens de Molbric, quand nous nous étions échappés de la surveillance des gardes pour jouer à cache cache et que nous nous étions retrouvés coincés dans une grotte ? C'était drôle. Il n'y avait pas de problème à cette époque, on ne devait se soucier que des jeux auxquels nous pourrions jouer le lendemain. Cette grotte me rappelle ce jour-là. Me dit-elle au bord des larmes.
– Moi, je crois que nous sommes dans la même situation. À quoi tu veux jouer demain ? Je propose un autre cache avec les brigands, ça peut être drôle. Enfin, bon pour le moment, dodo, petite Rose, ne t'inquiète pas, c'est luxueux ici. Digne de la famille royale », dis-je en essayant de forcer le rire pour la réconforter.
Je retire mon armure pour rester en maille pour mieux dormir et la serre maladroitement contre moi. À la base, je voulais la réchauffer, mais me rends rapidement compte que cet acte pourrait être pris d'une autre façon, mais heureusement pour moi, elle n'est pas retissante, et nous nous endormions collés ensemble. La dernière chose à laquelle je vais penser, c'est son parfum et ses cheveux. Le nez collé contre sa chevelure blonde, je m'endors paisiblement en oubliant presque le drame qui vient de se passer...
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Pandragon
RomanceAnnée 560 après J.-C. Alors que le grand royaume de Pandragon est dirigé par le Roi Hutter Pandragon et son fils, le prince héritier Arthur, de plus en plus de villages se font envahir par une armée inconnue. Les troupes du Roi sont alors éparpillée...