Alors que la foule s'avançait vers les entrées, Jaspe les guida vers l'accès aux tribunes officielles.
— La princesse Acacia et le prince Saule ne sont pas avec toi ? demanda Béryl.
— Ils sont partis se préparer. Ils font partie des concurrents.
— Oh, ce n'est pas trop dangereux ?
— Ils m'ont dit que non et qu'ils y participaient tous les ans, répondit Jaspe.
Toutefois, son froncement de sourcils témoignait qu'il n'était pas convaincu.
Ils s'installèrent sur les gradins qui leur étaient réservés, en dessous des sièges de la reine et de son consort. Tante Cornaline s'assit à côté de Béryl en rassemblant les plis de ses robes et épousseta quelques miettes sur son corsage.
À hauteur idéale, juste au milieu de la ligne droite des gradins, la tribune offrait une vue imprenable sur l'arène. Des oriflammes or et écarlate claquaient au vent au-dessus de leur tête. Béryl commença à pianoter sur ses genoux, en observant la foule se répandre dans les allées à une lenteur insupportable. Elle s'appuya contre le dossier de son siège et jeta un regard en coulisse au profil impassible de son frère. Elle ne s'était pas encore décidée à lui parler du fragment de vase. Elle redoutait trop sa réaction. Peut-être devrait-elle plutôt le montrer à la princesse Acacia ? Après tout, celle-ci était déjà convaincue par l'existence d'une machination des prêtres. Sa réponse risquait aussi d'être excessive, mais elle connaissait les rouages de son propre royaume.
Pendant qu'elle réfléchissait ainsi, le rythme martial des tambours s'éleva, puissant et lancinant. Sur la piste, danseurs et danseuses qui avaient pris place sans qu'elle s'en aperçoive, se mirent à tourbillonner en faisant virevolter autour d'eux des bandes d'étoffes colorées. Des jongleurs vinrent les rejoindre. Leurs acrobaties permirent à Béryl d'oublier son impatience. Elle battait des mains, ravie par le spectacle.
Pourtant, dès que la musique se tut et que les artistes quittèrent la piste sur un salut, le cœur de Béryl s'enflamma. Elle ne savait trop ce qu'elle attendait, cependant elle désirait ardemment être surprise.
Enfin, les concurrents entrèrent sur la piste, en deux files disciplinées. La foule rugit aussitôt de joie. Béryl n'osa donner de la voix, mais se pencha en avant pour mieux voir. Au centre de l'arène, un présentateur muni d'un porte-voix annonçait les participants. Chacun souriait en faisant de grands gestes au public.
— Enfin, on ne les présente plus et je sais que cette année encore vous attendez leurs performances avec impatience. Leurs Altesses Saule et Acacia !
Les spectateurs ovationnèrent leur entrée et la poitrine de Béryl se gonfla d'une étrange émotion, comme si un peu de cet engouement pouvait rejaillir sur elle. Elle les reconnut, tous les deux derniers de leur file. La même longue tresse noire leur battait le dos et ils portaient les mêmes vêtements de combats, un large pantalon beige ceinturé de rouge et un gilet sans manches de la même couleur. Des protections de cuir recouvraient leurs avant-bras et leurs tibias.
— Ils ont recommencé, dit alors la reine, excédée. Ils se sont encore habillés pareil cette année !
— Qui aurait pu croire que cela les amuserait toujours à leur âge ? gloussa son époux.
Béryl plissa les yeux pour les distinguer. Saule était un peu plus grand que sa sœur, avec laquelle il discutait et ses bras étaient plus musclés. Alors qu'elle se rassurait ainsi sur sa capacité à les reconnaître, le remous des concurrents les emporta et les sépara.
— La première épreuve sera le tir à l'arc ! annonça le présentateur.
Des cibles avaient été installées pendant les présentations des participants. Une partie d'entre eux quitta l'arène par l'une des ouvertures sous les gradins. Les autres choisirent des arcs sur les râteliers qui s'alignaient contre les parois. Les archers se succédèrent pour faire démonstration de leur adresse.
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Conte de l'Aube et du Crépuscule
Fantasy"Il était une fois deux royaumes, en guerre depuis des siècles. Deux royaumes que tout opposait sinon les souffrances nées du conflit. Il était une fois un roi et une reine, las de la guerre. Un roi et une reine qui surent mettre de côté la rancœur...