Chapitre 14 - Juste une étincelle

2 0 0
                                    

Dès le lendemain, Basile constata l'absence de sa fille. Jusque-là pour lui, rien d'anormal et il ne jugea pas nécessaire de s'en préoccuper. C'est seulement en rentrant en fin d'après-midi qu'il s'en inquiéta. Aucune trace à la maison, pas de réponse aux nombreux appels et Julia ne l'avait pas croisée de la journée. Pour ne rien arranger, Selena débarqua à l'improviste.

– Oh non, pas toi ! Ce n'est vraiment pas le moment.

– Je sais que nous ne sommes pas en bon terme, mais ça fait toujours plaisir...  Je te rapporte les derniers documents relatifs à notre divorce

– Ah, euh merci.

Selena bloqua de sa main, la porte que son futur ex-époux était en train de refermer.

– Que veux-tu encore ?

– Je dois parler à ma fille.

– Non.

– Pourquoi ?

– Tu n'as jamais été présente pour elle. Pourquoi le serais-tu aujourd'hui ?

– C'est la meilleure celle-là ! Tu entends les propos qui sortent de ta bouche ? Tu n'es plus l'homme que j'ai connu.

– C'est quoi votre truc ? Vous vous êtes passé le mot pour me dire ça ?

– Tu finiras peut-être par comprendre que c'est le cas. Et puis, j'ai beau m'être mariée à un connard, il n'empêche que j'aime ma fille. Tu es responsable de la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui. Au lieu de gérer les choses correctement, tu as fui comme un lâche. Cinq minutes, c'est tout ce que je te demande pour parler à Malori.

– Même si je le voulais, c'est impossible.

– Et je peux en connaître la raison ?

Comme bien souvent, Julia se trouvait à proximité. Devant le silence de Basile, elle lâcha la bombe.

– Malori n'est pas ici.

Fière d'elle, Julia s'éloigna et laissa l'homme gérer.

– Où est-elle ?

– J'en sais rien. Elle n'est pas à la maison depuis ce matin.

– Fugue ou enlèvement ?

– Écoute, je n'ai pas plus d'informations que toi, d'accord ?

Forçant le passage, la mère s'engouffra dans la demeure et regagna la chambre de sa fille à la recherche d'indices qui pourraient potentiellement répondre à sa question. Basile se trouvant à proximité, Julia n'avait pas d'ouverture pour échanger seule à seule avec Selena. C'est lorsque l'homme quitta le domicile qu'elle eut le champ libre.

– Elle est partie d'elle-même.

– Je m'en doutais... J'en déduis qu'elle ne réapparaîtra pas dans les prochaines semaines.

– Un voyage vers l'inconnu, m'a-t-elle annoncé.

– Je suppose que je n'ai pas le choix.

– Rester ici n'a plus aucun intérêt pour toi. Personne ne peut rien faire et nous devons aussi la laisser expérimenter à sa manière. Crois-moi, elle saura se débrouiller.

– Le fait que Basile ait confié son « éducation » à Radnson me permet d'être rassurée. C'est un très bon mentor.

– Tellement bon, que personne n'a encore découvert sa véritable identité.

– Je vais t'abandonner et suivre ton conseil qui est de rentrer chez moi.

– À une prochaine.

– Prends soin de toi.

*

Chez le duc, c'était un carnage. Au cours des dernières semaines, tantôt tout allait bien, tantôt c'était du gros n'importe quoi. Tourner en rond, revenir en arrière, tenter de comprendre des éléments qui n'avaient ni queue ni tête...

– Il est forcément derrière l'absence de ta fille. Ce que je ne saisis pas en revanche, c'est pourquoi on ne retrouve aucune trace.

– Elle dort la fenêtre ouverte. C'est assez comme explication ?

– Fait chier ! Que Selena intervienne, n'est pas non plus bon signe. Si elle fouille et qu'elle remonte à nous, elle sera capable de leur divulguer une partie de nos projets.

– Que désires-tu que je fasse ?

– Surveille-la et agis en fonction de ses mouvements. Nous ne pouvons plus nous permettre de traîner. Bien assez de choses sont engagées contre nous, pour que nous poursuivions ainsi. Déjà que ce satané démon a filé, il n'est pas nécessaire que ta femme en rajoute une couche.

– Ex.

– De quelle manière comptes-tu gérer avec Julia ?

– Rien.

Le duc semblait surpris de la réponse. Toujours adossé au meuble et les bras croisés, Basile reprit :

– Elle n'a strictement rien à voir dans toute cette affaire et pour l'heure, il est préférable de ne pas trop pousser le jeu en faisant disparaître des innocents. Je n'ai pas franchement envie qu'une enquête soit ouverte sur moi. Comme tu peux t'en douter, cela nous causerait pas mal de tort et nous prendrions du retard qui nous coûterait cher. Si elle venait néanmoins à poser trop de questions sensibles, tu sais bien que je ferai le nécessaire.

Coupés dans leur échange, un homme du duc dévoila une nouvelle qui ne plut pas à son chef. Enragé, il ordonna sèchement à la personne de ramener son fils au pas de course.

– Valentin. N'agis pas de façon inconsidérée. Tu pourrais le regretter.

– C'est lui qui va regretter d'être né. Je l'avais prévenu.

– Surtout, ne compte pas sur moi pour te suivre cette fois.

– Tu l'as pourtant entendu ! Leur action vient de...

Sans même finir sa phrase, Valentin récupéra sa veste et s'approcha de la porte. Sur le point de sortir, il se tourna vers Basile.

– Croise les doigts pour que Malori ne se présente jamais devant moi, car ce jour-là, il sera préférable qu'elle trouve une excellente cachette.

Aucune parole ne pouvait raisonner le duc et Basile le savait pertinemment. La colère avait pris possession de son ami, ce qui allait le pousser à mettre fin à la vie d'un innocent. Désormais, il ne lui restait plus qu'à espérer que le jeune garçon échappe à son père.

– Monsieur, nous avons enfin pu obtenir les résultats des échantillons que nous avons récupérés à l'issue des attaques. Il ne s'agit pas du même démon. De plus, aucun n'est similaire à celui qui s'est enfui.

– Je ne peux pas y croire. J'étais pourtant prêt à parier que c'était lui. Il dégageait la même aura et la même rage.

Déchéances T1Où les histoires vivent. Découvrez maintenant