Quand Benjamin rentra du travail, une bonne odeur vint lui chatouiller les narines. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas senti une odeur telle que celle ci se dégager de la petite cuisine de leur appartement. Il repensa avec nostalgie que la dernière fois que Constance s'était autant affairée derrière les fourneaux c'était il y a ... 5 ans.
La douleur le submergea, la tristesse également. Cela faisait si longtemps, et pourtant il se rappela le dernier bon petit plat comme si c'était hier.
Il posa sa veste sur le porte-manteaux de l'entrée, son sac sur le petit meuble de l'entrée et afficha un sourire sur son visage tout en se dirigeant vers la cuisine.
Constance lui faisait face mais concentrée comme elle était sur la confection d'un sauce (sûrement pour la salade) elle ne le vit pas s'appuyer sur l'encadrement de la porte et l'observer.
Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas pris le temps de regarder sa femme. Depuis des années il ne se voyait pas vraiment. Ils se "côtoyaient"...simplement. Ne s'adressant que très peu de mots, juste le minimum "Je rentrerai tard", "Demain je mange chez ma mère", "Bonne journée". Parfois Constance ne passait même pas la nuit avec lui. Elle regardait la télé tard, s'endormait sur le canapé ou allait se coucher dans la chambre d'ami. Au matin quand il lui demandait pourquoi elle n'était pas venu se coucher dans leur lit, elle lui répondait simplement qu'elle n 'avait pas voulu le réveiller. Puis la routine reprenait, et le silence s'installait de nouveau entre eux.
Le sourire que Benjamin avait sur les lèvres disparu quand il s'aperçu que Constance ne souriait pas. Elle ne semblait pas prendre de plaisir à cuisiner, mais plutôt en souffrir.
Benjamin détailla son visage, il avait perdu tout son éclat. Cela faisait des année que son magnifique sourire avait disparu et ... les larmes perlaient sur ses joues. Sûrement les échalotes qu'elle était en train d'éplucher ou les oignons qu'elle avait utilisé pour le plat.
- Ca sent bon.
Constance sursauta, comme si soudain elle se rappelait qu'elle était chez elle dans sa cuisine à préparer le repas du soir. Elle essuya rapidement ses joues comme pour cacher le fait qu'elle venait juste de pleurer, comme si cela était interdit et qu'elle était prise ne faute. Elle sentit le besoin de se justifier.
- Les échalotes sont fortes ... J'en pleure, regarde moi ça.
Benjamin compris que ce n'était pas les échalotes la cause de ses larmes. Il fit comme si de rien n'était, ne voulant pas relever le sujet au risque que Constance se braque. Elle avait visiblement fait un effort en lui préparant un petit plat, il avait une chance de recoller les morceaux, il ne devait pas la laisser passer. il se dirigea vers la marmite qui mijotait et souleva le couvercle.
- Mmmh ... blanquette de veau. Mon plat préféré.
- Je sais.
-Alors c'est pour moi tout çà? c'est gentil, merci.
Constance ne répondit pas, touillant la salade, ses mains tremblaient.
- C'est bientôt prêt, tu as le temps de prendre une douche si tu veux.
- Non je la prendrais après manger. Comment c'est passé ta journée ?
- Comme d'habitude.
Le silence s'installa de nouveau. Seulement troublé par le bruit que fit la vaisselle quand Benjamin commença à installer la table. Il n'osa pas poser plus de questions de peur que Constance ne se referme sur elle plus qu'elle ne l'été déjà. ses réponses étant déjà brèves et sèches.
Les minutes s'écoulèrent le temps que la mise en place de la table se faisait et le malaise de Benjamin grandit. Quand Constance lui posa une question en retour.
- Et toi ? Ta journée ?
C'était comme si les mots avaient lutter pour sortir de sa bouche. Elle faisait vraiment un gros effort pour échanger avec son mari.
Il saisit l'occasion de combler le vide et entreprit de lui raconter sa journée. Constance resta silencieuse , entrecoupant le récit de son mari de "mm mm" ou de "Ah oui, banaux et sans intérêt pour la conversation. ou encore des "Je te sers ?". Benjamin continua son récit trop heureux de pouvoir enfin partager quelque choses avec sa femme.
Le silence s'installa de nouveau avec l'arrivée du fromage et au dessert Benjamin essaya de nouveaux de briser la glace.
- Je ne travaille pas demain matin. Arthur me remplace. Tu sais, je l'avait remplacé la dernière fois, il me rends les hueres.
- C'est bien, tant mieux.
- Je me disais qu'on pourrait peut-être regarder un film ce soir et comme tu prend à 10h demain matin, je pourrais t'accompagner dans ta petite marche vers la boutique.
- D'accord.
- Super... on regarde ce qui passe à la télé ou .. tu veix peut-être voir quelque chose en particulier ?
- Non, rien de spécial...
Après un court instant, elle se força à rajouter :
- On peut regarder la télé.
Elle se força également à regarder Benjamin en face et à lui sourire. Seulement Benjamin n'était pas dupe, rien n'était sincère. elle se forçait et n'avait aucune envie de le regarder ni même de sourire et encore moins de lui parler.
Le reste de la soirée se déroula aussi silencieusement que les autres, seule différence : ils étaient installés côte à côte dans le canapé. Benjamin avait trouvé un film comique à regarder. Film vu et revu mais que tout deux avaient toujours aimé regarder. Mais là encore Constance était absente. Elle ne riait pas. A aucun passage du film, qui pourtant l'avait toujours fait rire.
Il tenta un rapprochement en essayant de la prendre dans ses bras, comme avant. Mais elle esquiva, prétextant aller se faire une tasse de thé. Quand elle revint, elle pris un peu de distance en s'asseyant quelques centimètre plus loin. Benjamin compris le message, il n'insista pas.
Au générique, Constance se leva sans un mot et après un passage à la salle de bain alla se coucher dans le lit conjugual. Quand Benjamin sorti de la salle de bain à son tour, il la trouva endormi. Lui tournant le dos.
Elle ne dormait pas, elle faisait semblant, il connaissait trop bien sa femme pour le savoir.
-Bonne nuit ma chérie.
Constance ne répondit pas et garda les yeux fermé jusqu'à se que Benjamin éteigne la lumière. C'était bien plus simple de l'éviter, de ne pas lui parler et de faire semblant de dormir. Le reste lui demandais trop d'effort.
Quand Benjamin se leva le lendemain matin. Constance était déjà partie. Il ne s'en étonna pas, ne fût même pas déçu. Il savait que sa femme avait fait trop d'effort la veille.
Il savait qu'elle ne l'aimait plus.
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La maison aux volets bleus
Fiksi UmumSuite à un drame familiale, Constance décide de tout plaquer pour vivre recluse à la campagne. Une vie en Hermite, qu'elle apprécie et qui colle bien à son caractère un peu sauvage et associable. Elle avait enfin trouvait la vie paisible qu'elle so...