Chapitre n°27

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Chanson du chapitre n°27 : Alec Benjamin - If We Have Each Other.

Chapitre n°27 :

« Famille de cœur ».

1er décembre 2023 – 16h20.

« Je t'ai aimé comme je n'ai jamais aimé. J'aurais donné mon âme pour toi. Ça a toujours été toi, Axel. Dès le premier instant, dès le premier regard. J'ai tout fait ! J'ai hurlé, pleuré, supplié, enragé pour t'empêcher de t'en aller ! Mais tu l'as fait, me laissant derrière au moment où j'avais le plus besoin de toi. La veille encore ton corps nu était contre le mien et tu me murmurais à l'oreille des rêves et des promesses d'amour. Puis le lendemain, tu partais, avec le regard d'un homme qui est soumis. Comment veux-tu que je te pardonne ? Tu n'as même pas hésité, tu n'as même pas lutté. Tu es parti ».

                                                                                                    Indigo, Sous le souffle d'un nouveau Printemps.

    Je ne savais pas quoi dire. Submergée par l'émotion, des larmes me brouillaient la vue. Mes lèvres tremblaient et ma gorge me brûlait, nouée. Stéphane n'avait pas énormément changé depuis la dernière fois où je l'avais vu. Il avait toujours ces mêmes yeux clairs qui vous apaisaient aussitôt que vous les croisiez. Ce même sourire aimant et chaleureux. Ces mêmes rides au coin de ses paupières lorsqu'il riait. Il était peut-être plus maigre qu'avant, simplement. Et surtout, c'était sa voix qui n'était plus la même. Toujours joyeuse, elle était désormais éteinte. C'était comme si quelqu'un avait soufflé sur une bougie. Je n'entendais plus que des éclats de désespoir, de regrets et d'un cœur brisé à l'intérieur. Elle avait perdu de sa gaîté. D'elle-même. Quelque chose lui avait été arrachée.

    Toren.

    Je ne l'avais pas revu depuis la mort de Toren. Ni lui ni l'homme qui vint se poser à son côté et qui passa un bras autour de ses hanches affectueusement. Sa peau foncée contrastait avec celle plus pâle de Stéphane. Plus grand mais aussi plus élancé que son compagnon, ses cheveux sombres étaient tressés en une dizaine de nattes sur son crâne et laissaient entrevoir le début d'un tatouage commençant au-dessus de sa tempe gauche pour venir se terminer à la naissance de sa clavicule. Barnabé. Le second père de Toren.

    -Pardonne-nous de débarquer à l'improviste, Merry, je sais que cela ne doit pas être facile pour toi de nous retrouver après tout ce temps, me lança-t-il en me souriant.

    La simple vue de ce sourire me donna des frissons. Comme pour Stéphane, il n'était pas radicalement différent mais toutefois, il n'en restait pas moins changé. Le plus dur pour moi à constater fut ces pigments de douleur qui assombrissaient son regard, comme autant de cendres mis en évidence par les rayons du soleil. Son regard disait : « On m'a pris mon fils, Merry. On m'a pris ma chair, mon monde, ma force et ma raison de vivre. Quand j'ai compris que j'étais devenu père, je me suis juré de protéger cet être au péril de ma vie. Je l'ai aimé comme on n'a jamais aimé et peu importe que l'on ne partage pas le même sang, j'aurais donné mon âme pour ne serait-ce que le voir sourire une dernière fois. J'ai tout donné de moi pour lui. Mais on me l'a pris. Et je n'ai pas pu empêcher qu'on me le prenne ».

    Je compris qu'il n'y avait pas que Toren qui était parti. Stéphane et Barnabé n'étaient plus là non plus. La mort les avait épargnés, et maintenant les narguait, leur fils entre ses griffes crochues. Certes, ils étaient encore en vie, mais dans leurs regards, je compris que c'était une torture pour eux de devoir continuer à vivre.

    La souffrance ne leur allait pas.

    Et, tandis que tour à tour je les regardais, je me la pris de plein fouet, cette souffrance. Après la mort de leur fils, je ne les avais plus vus. D'une manière ou d'une autre, c'était comme si j'étais sortie de leur vie, tout autant que j'étais sortie de la mienne. Quand ils venaient sonner chez moi, et anciennement chez Toren, je ne leur répondais jamais. Quand mes parents me parlaient d'eux, je changeais de sujet. Quand je voyais sur mon téléphone qu'ils m'appelaient, je ne décrochais pas. Au fil du temps, c'était devenu une habitude, ma manière de me protéger. Durant tout ce temps où j'avais vécu en autarcie et loin de moi en même temps, je n'avais pris aucune nouvelle, alors même que je les considérais comme des membres de ma famille à part entière, alors même qu'ils m'avaient vu grandir, alors même qu'ils me connaissaient parfois mieux que mes propres parents. Maintenant, je me prenais en pleine face la réalité. Ils m'avaient tellement manqué.

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