Chapitre 30

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J'avais appelé Rosie à peine arrivée dans ma chambre pour tout lui raconter, et elle m'avait confirmé que l'australien était venu lui demander conseil. J'avais pleuré avec elle au téléphone, de soulagement, parce qu'elle aussi m'avait confirmé la date du procès. Et enfin, je voyais le bout de toute cette histoire. Pour une fois depuis des semaines je sentais mes épaules se relâcher et ma mâchoire se décrisper. Et je me disais pour la première fois que, oui, tout irait bien.

Allongée dans ma baignoire, je venais d'y plonger une boule effervescente rose et quelques pétales de fleur. La mousse se formait doucement au niveau du jet d'eau, les flammes de quelques bougies bougeaient et une douce musique sortait de mon téléphone. Tout était parfait. J'avais même installé quelques applications d'immobilier, pour que, quand tout serait fini, je puisse commencer à chercher un nouveau chez-moi. J'avais déjà hâte, découvrir un bel appartement, enfin bouger mes affaires, emménager un tout nouvel endroit et le remplir de nouveau souvenirs.

Je filais au lit avec un sourire aux lèvres, et m'endormais dans les draps fraîchement lavés avec l'espoir que demain serait une journée encore meilleure.

***

Jeudi, déjà.

J'avais pris un avion la veille afin de rentrer à Paris, l'enflure et moi étant tous les deux de nationalité française. Une belle crise d'angoisse m'avait prise tout le long du vol, mais grâce à Christian qui avait eu la bonté de me prêter son jet privé, personne ne m'avait vu pleurer comme une dégénérée et manquer de m'arracher les cheveux. J'avais passé une sale nuit dans un prestigieux hôtel, je commençais d'ailleurs à me demander si je n'allais pas devoir des sous à Christian tant il dépensait pour moi. Et puis le jour J était arrivé.

Je m'étais vêtue d'une simple robe, longue, noire, distinguée et aucunement révélatrice. J'y avais joint des talons mi-hauts et avait attaché mes cheveux en une queue de cheval parfaite. J'avais dû couper mes ongles au plus court, à force de les ronger de stress ils ne ressemblaient plus à rien. Et contre ma volonté, c'est seule que je me retrouvais face à la cour d'assise, triturant mon sac à main comme une folle. Rosie était en déplacement à l'autre bout du monde, chose qu'elle n'avait pas pu refuser en raison des opportunités, ce que j'avais parfaitement compris. Nous avions toutes les deux travaillé très dur pour arriver à nos postes actuels, je lui avais assuré que je saurais me débrouiller. Quant à tous mes autres amis, le jeudi était pour eux la journée médiatique à Zandvoort, impossible à louper en raison des clauses de leurs contrats.

Prenant enfin mon courage à deux mains, j'entrais dans l'immense bâtiment orné de colonnes et de sculptures bas-relief aux effigies des anges et représentants de la justice. Dans d'autres circonstances, j'aurais trouvé le lieu magnifique.

À l'intérieur, je retrouvais les deux avocats que Christian avait engagés, j'avais eu l'occasion de les voir quelques fois déjà. Je les saluais d'une poignée de main, avant que nous nous dirigeâmes vers la salle numéro trois, assignée au procès. Numéro trois. Je forçais mes lèvres à ne pas s'étirer en un sourire bête. Une gorgée d'eau, une brève vérification dans le miroir des toilettes pour s'assurer que mon rouge à lèvres, rouge et mat, n'avait pas bavé, et je serrais fort les poings pour enfin aller affronter cette ordure.

Je m'installais à ma place, tremblante. Le procès se passait à huis-clos, les précautions pour ne surtout pas faire fuiter l'information avaient été énormes et absolument aucun journaliste ou paparazzi ne pouvait déranger la scène. Tout se passera bien. Seules les personnes nécessaires étaient là, personne d'autre. Juste moi, lui, et ceux représentant nos partis ainsi que la Justice. Lui. Assis de l'autre côté de la pièce, à ma gauche, je le voyais m'adresser de grands sourires mauvais, les yeux brillants d'une lueur à vomir. Il semblait terriblement sûr de lui, tellement qu'en quelques secondes seulement je perdis toute ma confiance en moi.

V-CARB RB 25 - Daniel RicciardoOù les histoires vivent. Découvrez maintenant