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Alban

Dehors, l'obscurité semble peser sur la ville, et l'air humide annonce une pluie imminente. Les nuages lourds reflètent l'incertitude qui me ronge depuis que j'ai quitté l'appartement. Où est passé mon frère ? Je lui ai envoyé une série de messages, tous sans réponse. Ce silence me tourmente, mais je le comprends. Comment pourrait-il réagir autrement, après tout ce que je lui ai caché ?

Je me souviens de toutes ces fois où il m'a appelé, inquiet, me demandant si Faith avait fini par découvrir la vérité. Chaque fois, je l'avais rassuré, lui affirmant qu'il n'avait aucune raison de s'inquiéter, qu'il serait le premier à savoir si jamais quelque chose venait à éclater. Mais, au fond, je me mentais à moi-même. J'avais préféré me réfugier derrière ces mensonges rassurants, me disant que tout irait bien, tant que personne ne se doutait de rien. Faith n'avait pas seulement découvert qui j'étais vraiment... Elle avait aussi deviné ce que j'avais tant cherché à dissimuler.

Je peux imaginer la douleur d'Aaron lorsqu'il l'a vue entrer dans mon appartement. Ce n'était pas une étrangère pour lui, loin de là. Il a dû percevoir cela comme une trahison. Mais comment aurais-je pu lui en parler ? Je connais mon frère. Je ne pouvais anticiper sa réaction, seulement la redouter.

Quant à sa venue à Boston... Si seulement sa visite n'avait pas été une surprise, tout aurait été différent. J'aurais pu prévenir Faith, mais mon esprit était accaparé par autre chose. Je passais en revue chaque recoin de la pièce, cherchant la moindre trace qui pourrait le trahir. Peut-être, au fond, espérais-je naïvement que tout cela resterait enfoui. Mais au final, c'était inévitable. Tout finit par éclater, un jour ou l'autre.

Je marche sans but précis, mes pas résonnant dans les rues désertes. Je ne sais toujours pas où il pourrait être. Mais soudain, un souvenir remonte à la surface. L'été dernier, cette nuit passée à la station-service avec Ethan et Julian, à discuter jusqu'à l'aube. Peut-être y est-il retourné, cherchant à retrouver un semblant de paix dans cet endroit perdu.

Je continue d'avancer, luttant contre mes doutes, et après une dizaine de minutes, j'aperçois enfin la station. Je la contourne, et mes pas me mènent vers le fameux banc. Là, dans la pénombre, assis seul, se trouve Aaron.

Je m'approche doucement, sans un mot, et dépose ma veste sur ses épaules, couvertes seulement par le tissu fin de son t-shirt. Le froid semble avoir infiltré jusqu'à ses os, mais il ne réagit pas à mon geste. Son regard demeure figé devant lui, comme s'il refusait de reconnaître ma présence.

- Je suis désolé de te l'avoir caché, murmuré-je, brisant le silence.

Pas un mouvement. Pas un mot. Aaron reste aussi impassible qu'une statue, ses yeux fixés sur un point invisible dans l'obscurité.

- C'est bizarre, oui, je te l'accorde, poursuis-je, hésitant. J'aimerais t'éclairer, mais honnêtement... tout ça est compliqué. Ne t'imagine pas qu'elle est venue chez moi pour... Je m'interromps, cherchant mes mots. Son père est un homme mauvais, Aaron. Tu le sais aussi bien que moi. Elle n'avait nulle part où aller. Alors je l'héberge, c'est tout.

Aaron émet un léger rire, un son amer et cassant. Je le regarde, surpris.

- Quoi? l'interrogé-je, sentant la tension monter.

Il se tourne lentement vers moi, et commence à signer, ses mains articulant des mots silencieux qui frappent comme des coups :

- Pourquoi? Pourquoi l'héberges-tu vraiment?

Je reste muet. La vérité est un piège dans lequel je ne peux m'empêcher de tomber. La réalité, c'est que son père a découvert notre relation, mais comment le lui dire ? Je sens mes propres mots se retourner contre moi avant même de les prononcer.

Forgotten Memory [AUTO-ÉDITÉ SUR AMAZONKDP]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant