Shoot on Sight : 2

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Je fouille chaque recoin de la maison ; mes gestes deviennent mécaniques. Rien. Pas le moindre indice. La fatigue pèse, mes muscles se tendent, mes sens s'engourdissent. Pourtant une chose reste nette : l'odeur de l'intrus flotte encore dans l'air de la nuit, un parfum qui ne veut pas partir. Je dois rentrer, me plonger dans un bain chaud, peu importe si je m'endors dedans. Me détendre et oublier cette présence oppressante.

Je me tiens devant la porte, prête à sortir, mais un frisson me parcourt la nuque. Une pression serre ma poitrine. Chaque fibre de mon être hurle que franchir cette porte déclenche quelque chose d'inévitable. Je refuse de céder. Ce n'est pas un simple frisson qui va m'arrêter. J'ouvre la porte d'un geste brusque, la main déjà sur ma ceinture, prête à dégainer.

Je m'avance dehors, scrutant les environs, chaque muscle tendu. Un point me serre la poitrine. Est-ce que ma vie va défiler sous mes yeux ? Non. Il est hors de question que je meure aujourd'hui, encore moins le ventre vide. Je repousse ces pensées absurdes, mais une partie de moi y revient malgré tout.

Mon corps est sur le qui-vive, conscient d'une présence invisible qui m'observe, qui attend mon faux pas. La salive a du mal à passer ; une boule se forme dans ma gorge alors que j'approche de la voiture. Dernière vérification : rien. Juste ce silence lourd. Je préfère le bruit, quelque chose qui justifierait mes nerfs à vif.

Je monte dans la voiture et verrouille les portes. L'inconfort persiste. Puis j'hume encore cette odeur sucrée, presque fruitée. Framboise. Mes yeux se posent sur le rétroviseur et je le vois. Son sourire tordu effleure la lumière. L'intrus est là. Avant que je ne réagisse, un fil de métal s'enroule autour de ma gorge et me tire en arrière. Ma tête claque contre le siège. Je lutte pour respirer, mes poumons brûlent sous la pression.

Je me débats, en vain. Ma respiration se fait courte, chaque souffle plus douloureux. Une part de moi vacille. Derrière moi, il rit, un rire dément qui glace le sang, un rire à la Joker.

— Je savais que tu étais intéressante, petite fouine, dit-il, sa voix grave résonnant dans l'habitacle..

Il me maintient, et j'essaie d'atteindre mon arme. Il est plus rapide : il la saisit, la presse contre ma tempe, froide et menaçante.

— Lyla, veux-tu jouer avec moi ? murmure-t-il en me regardant dans le rétroviseur, son sourire figé.

Je ne vois pas ses yeux. Pourquoi s'en prend-il à moi ? Suis-je une victime de plus dans sa liste ? Peut-être attend-il que je me débatte encore. Je ne lui donnerai pas ce plaisir. S'il veut me tuer, je ne lui offrirai pas ma terreur. Je suis prête à mourir... . Mon ventre gargouille bruyamment. Sérieusement ?

— Petite fouine... veux-tu que je te lâche pour me répondre ? demande-t-il d'un ton moqueur.

Je hoche la tête comme je peux, le fil mord ma peau. Il relâche légèrement sa prise ; j'aspire une bouffée d'air qui brûle mes poumons. Je tousse, la gorge écorchée, le fil toujours tendu.

— C'est vous qui avez tué cette personne ? dis-je d'une voix brisée en levant la main vers la maison.

Il garde le silence un long moment, son sourire immobile, les yeux dans l'ombre. Puis il ignore ma question, un rictus déforme davantage ses lèvres.

— Veux-tu jouer avec moi, petite fouine ? Sa voix change : la moquerie disparaît, ne reste qu'une menace froide.

Son odeur de framboise revient à chaque mouvement, me rappelant sa présence. Je dois gagner du temps, le pousser à parler.

— Quel jeu ?

Un sourire malsain étire de nouveau ses lèvres. Il semble excité que j'aie enfin mordu à l'hameçon. Il se redresse soudain, fait tanguer la voiture puis appuie sur le bouton de verrouillage central.

HEART (T1) ( Réécriture)Where stories live. Discover now