COLOMBINE
***
- Deux semaines plus tard
- 3 Avril 1847
Deux semaines se sont écoulées.
Si peu d'heures.
Durant lesquelles j'ai tout fait pour ignorer l'évidence.
Maintenant, que la réalité m'avait rattrapée, chaque seconde passant semblait me rouer de coups.
Je relève la tête, les yeux clos. La brise souffle et allège ma détresse. L'odeur dans l'air semble plus fade, désormais.
Toute cette superficie m'effraie autant qu'elle m'attriste.
Je suis perdue.
Je ne sais plus qui je suis, et qui je deviendrai.
Je me perds.
Quant à Florid Rian, je suis sans nouvelles de lui. Il s'est comme volatilisé.
Comme s'il n'était jamais venu au monde.
Il semblerait que j'ai imaginé notre rencontre que je qualifierai de... mouvementée.
Depuis ce jour, je n'ai plus goût à rien. Plus l'impression de vivre.
Je me sens prisonnière, enchaînée, comme autrefois. Tout cela m'empêche de respirer.
Me contraint à me soumettre à des décisions qui ne m'appartiennent pas.
Je frissonne, pelotonnée sur le sol. Le froid effacé d'avril se fait ressentir.
C'est comme si mon âme sortait de mon corps pour se moquer de moi et de ce que je deviens.
Je me sens abominable.
Naïve.
Comment me relever après ça ?
Ma gorge se serre.
Je me mords la lèvre, retenant mes larmes à grand-peine.
Les fantômes de mon passé me hantent encore et toujours.
Je passe mes journées assise sur mon balcon, à regarder le soleil se lever et se coucher, sous la pluie ou sous une chaleur étouffante.
Je ne parviens pas à croire tout cela.
Que fais-je encore debout sur cette terre alors que j'aurais dû m'éteindre ?
Tu aurais dû disparaître à la place de Karmen, me crie ma conscience.
Mourir.
Mourir.
Je ne peux m'empêcher de la croire, malgré moi.Quelqu'un toque à la porte.
Je soupire, les yeux clos.
— Colombine Brinebeau, vous voilà.
Je ne lui réponds pas.
Je ne me donne pas cette peine.
Il ne le mérite pas.
Mes ongles s'enfoncent brutalement dans mes paumes.
Tu ne mérites pas sa sympathie.
Je lève à peine les yeux vers Florid, qui prend place sur le sol, près de moi.
Moi qui espérais tant ne jamais le revoir, le voilà de nouveau.
Lorsque je le regarde, ce qu'il me provoque se résume à de la pitié.
À s'acharner à me traiter ainsi avec gentillesse.
Moi qui fais pourtant tout pour être détestable et détestée.
La situation n'aurait-elle pas été plus plaisante s'il m'avait haïe autant que moi, je le hais ?
Probablement que oui.
Je sens son regard persistant, qui m'étudie de la tête aux pieds.
Se demandant sans doute ce qu'il fait enchaîné à une femme si laide.
— Le temps imparti est écoulé, souffle l'homme, le regard fixé sur l'horizon.
Mon souffle se coupe dans ma poitrine.
Ses paroles m'oppressent.
— Vous a-t-on déjà dit que forcer la main d'une femme en plein désarroi n'était pas chose à faire ? dis-je, sans même le regarder, le ton empli de rancœur.
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STUCK
Romance🌟#𝐏𝐑𝐄𝐌𝐈𝐄𝐑 𝐏𝐑𝐈𝐗 𝐝𝐮 𝐂𝐨𝐧𝐜𝐨𝐮𝐫𝐬 "𝐋𝐞𝐬 𝐑𝐞́𝐩𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐥'𝐄𝐧𝐜𝐫𝐞". *** Colombine a grandi dans les chaînes de l'esclavage, le cœur brûlé par la haine. On lui a tout arraché. Gabriel Brown a détruit sa vie, volé son e...
