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Alban, trois jours plus tôt.

Aaron s'était senti trop mal pour revenir chez moi après ce qui s'était passé avec Faith. Rapidement, nous avions trouvé un endroit où le loger, mais je n'arrivais pas à chasser l'appréhension qui me hantait à l'idée de rentrer chez moi. Faith, à coup sûr, me poserait mille questions, et je n'avais probablement pas toutes les réponses.

Je marchais sans but, hésitant entre errer encore dans les rues ou retourner directement chez moi, sans trop réfléchir aux conséquences.

La seconde option aurait sans doute été la plus sage.

Je continuais à avancer, l'esprit embrouillé. Quand je pris la rue de Faith, j'allumai une cigarette. À ce moment-là, je passai devant son bâtiment, une silhouette familière surgit soudainement, me sortant de mes pensées.

— Alban !

J'entendis une porte se claquer derrière moi. La voix m'était presque méconnue. En me retournant, je haussai les sourcils, surpris de découvrir qui m'interpellait.

— Monsieur Davis ? m'étonnai-je en le voyant.

Il s'approcha lentement, et chaque pas qu'il faisait accentuait le battement désordonné de mon cœur.

— Je dois vous parler, déclara-t-il d'un ton grave.

Je me tournai entièrement vers lui.

— De quoi ?

— De Faith, de vous et Faith.

Je pris une profonde inspiration, le poids de ses mots pesant lourd sur moi. Monsieur Davis se tenait là, imposant.

— Vous devez arrêter de voir ma fille, lança-t-il d'une voix tranchante.

Je le fixai, chaque mot que je pouvais formuler se révélait glacial.

— Non, répliquai-je, secouant la tête lentement, non.

Son visage se crispa, visiblement pris de court par mon assurance.

— Vous êtes son professeur, pas son... quoi, protecteur ? Sauveur ? Ne vous imaginez pas que cette relation soit saine. Faith est bien trop jeune pour comprendre ce qui est bon pour elle.

— Faith a fait ce choix en toute conscience, et si ça vous dérange, c'est votre problème.

Il semblait sur le point de répliquer, mais il inspira profondément, luttant pour retrouver son calme.

— Vous croyez que ça va durer, c'est ça ? Cette obsession que vous avez de prétendre combler tous ses manques... vous pensez sincèrement que c'est ce dont elle a besoin ?

— Vous n'avez jamais été là pour elle. Maintenant qu'il y a quelqu'un prêt à lui donner ce qu'elle mérite, vous vous permettez de me faire la leçon ?

Il serra les dents. Puis, d'une voix plus basse mais tout aussi mordante, il reprit :

— Vous êtes vraiment aveugle, Alban. Faith a besoin de temps pour découvrir ce qu'elle veut réellement dans la vie, pas d'un homme qui profite de sa fragilité pour s'imposer dans son quotidien.

Je ne répondis pas. Mais il ne s'arrêta pas, semblant chercher à me déstabiliser.

— Ce que vous faites n'a rien d'une aide. Si vous teniez vraiment à elle, si vous aviez un minimum de respect pour elle, vous vous éloigneriez pour lui laisser la place de grandir. Mais peut-être que, au fond, ce que vous voulez, c'est qu'elle vous voie comme indispensable.

Forgotten Memory [AUTO-ÉDITÉ SUR AMAZONKDP]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant