15. ℛℴ𝓊𝑔ℯ 𝓈𝓊𝓇 ℬ𝓁𝒶𝓃𝒸

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COLOMBINE

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Les sabots claquent contre le sol.
Je me sens transportée sans délicatesse, comme si je me trouvais dans un sac.
Ou plutôt... je suis le sac.

L'odeur du crin de cheval titille mes narines.
Je déglutis avec peine. Mon gosier n'a jamais été aussi desséché.

J'ouvre avec peine les yeux, les sourcils froncés.
La nausée monte ; chaque pas me broie un peu plus. Le cuir me cisaille les hanches.

Qu'est-ce que... ?

Je lâche un cri de surprise. Ces hommes m'ont sanglée au dos d'un cheval, comme ils l'auraient fait avec de vulgaires sacoches !

N'avez-vous pas honte ? M'indignai-je.

Attacher une personne à un étalon.
D'où, diable, leur est venue cette idée ?

Mes intestins sont plaqués contre le dos du cheval, tandis que mes bras et mes jambes pendent de part et d'autre des flancs de l'étalon.
Le corps de l'animal me réchauffe d'un côté ; ma peau brûle d'humiliation de l'autre.

Une seule pensée persiste dans mon esprit ; ils ont osé.

Je relève la tête en gesticulant. L'animal ne semble guère apprécier cela, accélérant soudainement.
Je grogne en me laissant retomber. Je passe ma main sur mon visage. Mes pensées sont embrouillées. Que faisais-je ici ?

Et soudain, tout me revient.

Agnes.

Je hurle que l'on me relâche. J'agite mes bras et mes jambes avec affolement.
La seule réponse que j'obtiens se réduit à des ricanements mesquins.

Malgré tout, quelque chose me dérange.
Je passe une main sur ma poitrine, et découvre avec étonnement que ma blessure n'est plus présente.
Mon estomac se noue : pourquoi ma blessure a-t-elle disparu ?
Combien de temps ? Et Agnes ?

La panique me prend à la gorge.

Ma plaie a eu le temps de cicatriser.

Calmez-vous, Colombine. Vous allez vous faire mal, lance la voix rêche de Florid, provenant de la droite.

Ce serait tout de même ironique de vous voir tomber, ajoute celle de Knut, froide, à ma gauche.

Sa voix me glisse le long du dos. Sa remarque me donne envie de le brûler vif.
Je sens mon visage s'empourprer malgré la colère que j'éprouve.

Le visage glacial de Knut s'approche du mien ; son souffle effleure ma nuque.
Je me débats pour échapper à la sangle, fermée sur mon dos. Si j'avais pu, je lui aurais arraché la peau, à ce démon.

Les doigts du Duc glissent sur le cuir — une caresse dangereuse qui me fait frissonner.
Tout dans son attitude crie à la provocation.

Assez. Cessez de gesticuler, ordonne Knut de sa voix rauque.

Je serre les dents, contenant à grand-peine ma colère.
Ces hommes cherchent à m'humilier pour une raison que j'ignore encore. Ils allument une haine viscérale que je veux retourner contre eux.
Je compte bien les percer à jour — leurs mensonges, leurs failles. Tout.

Vous et vous seul m'avez mise dans cette situation, grinçai-je. Ne vous étonnez pas si je gesticule pour tenter de m'en sortir !

Je passe mes mains dans mon dos et cherche les deux bouts de métal qui relient le cuir.
Je l'attrape en grimaçant. Le fer émet un léger cliquetis à chaque mouvement que fait le cheval. Mes articulations protestent sous cet effort douloureux.

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